Héritage italien à Buenos Aires : la « Rome d’Amérique du Sud » ?

Italie Argentine
Photo : Facebook Festival Al Dente

Buenos Aires, « le Paris d’Amérique du Sud », tel est le surnom de la capitale argentine, un surnom qui lui a été attribué suite à une période historique où la classe dirigeante tenait la capitale française pour le modèle culturel à suivre. On le voit aujourd’hui tout particulièrement dans l’architecture porteña. Cela dit, si on analyse Buenos Aires au-delà du point de vue architectural, on devrait plutôt l’appeler « la Rome d’Amérique du Sud ».

On le sait, après les États-Unis, l’Argentine a été le pays qui a reçu la plus grande quantité de migrants européens aux XVIIIe et XIXe siècles, les Italiens représentant 50 % des nouveaux arrivants fuyant la faim et la guerre. Pas étonnant donc que presque la moitié des Argentins soient de descendance italienne directe ou indirecte. Et ils n’ont pas seulement hérité du si précieux passaporto mais aussi de nombreuses pratiques socio-culturelles encore à l’ordre du jour aujourd’hui à Buenos Aires et dans tout le pays.

Apparence

La première fois que j’ai mis les pieds en Italie, j’ai eu l’impression d’être encerclée d’Argentins, mais j’ai vite compris qu’il s’agissait d’Italiens pure souche. C’est impressionnant ce qu’ils ressemblent aux porteños. Ou plutôt comme les porteños leur ressemblent. À tel point que quand je travaillais en Europe pendant la saison touristique, l’un de nos passe-temps favori, avec mes collègues, était de deviner si les clients étaient Argentins ou Italiens. Logique quand on pense que la moitié des ancêtres des Argentins viennent d’Italie.

Langue et idiomes

On parle aussi à l’italienne à Buenos Aires. Les gestes avec les mains qui accompagnent ce que l’on dit est une indiscutable caractéristique de l’héritage italien. D’après les étrangers, la plupart des Argentins parlent très fort, comme en Italie où à peine arrivés on est surpris par la façon dont les Italiens montent le volume pour communiquer.

En Argentine et tout particulièrement à Buenos Aires, qui a été la porte d’entrée de la majorité des immigrants, on mélangeait le vocabulaire et les phonèmes de l’italien avec l’espagnol. C’est ainsi qu’a vu le jour un jargon très caractéristique du Río de la Plata, connu sous le nom de « cocoliche », qui perdure encore aujourd’hui dans le langage de tous les jours : birra (bière), laburo (travail), gamba (jambe), naso (nez), faccia (visage) sont quelques-uns des nombreux exemples du vocabulaire quotidien de la région qui ont précédé la naissance du lunfardo.

Quelques expressions courantes dérivées de l’italien :

  • « ¡Basta de cháchara» : chiacchierare /quiaquierare/ signifie parler beaucoup. Les Argentins ont adopté le son CH qui est prononcé comme un Q en Italie. Dans les écoles primaires, tout Argentin a entendu sa maîtresse crier : « ¡Los del fondo! ¡Basta de cháchara! ».
  • « ¡Mirá la facha que tiene»  Faccia = visage. Les Argentins y ont ajouté la notion de beauté ou de sensualité, et cela ne tient pas qu’au visage.
  • « Que naso que tiene »: Naso = nez. Les Argentins lui donnent une connotation « gros nez ».
  • « ¿Cuanto le metés hasta Paseo Colón» : « Quanto ci mette per arrivare a..? »  « Cuanto le metés a.. » est une expression qu’ont l’habitude d’entendre les chauffeurs de bus à Buenos Aires. En italien, « quanto ci mette? » signifie « combien de temps pour ». Les Argentins se sont appropriés l’expression et utilisent parfois le verbe « meter » comme « tardar ».
  • « El tipo ese está loco »: tipo = homme, type, mec. « Questo tipo non mi fa fiducia » (ce type ne m’inspire pas confiance)
  • « Fui a un restaurant tipo tailandés » : TIPO pour donner des exemples.  « Sono andata a un ristorante tipo tailandés ».
  • « Me estoy piyando » : pisciare = pisser. L’équivalent de « mear »
  • « Rocco, ¡a la cucha! » : cuccia = niche. (Une grande découverte pour moi !)

Gastronomie et coutumes

Pour les Italiens, la pasta della domenica, pour les Argentins, l’asado ; mais ce qui est sûr c’est que les dimanches sont un incontournable rendez-vous familial dans les deux cultures. Grande table, déjeuner tardif et après le café, un long moment à papoter. Le concept de famille, de se retrouver, de faire de la table le centre de la vie sociale est très italien. Et les Argentins lui donnent autant d’importance que leurs ancêtres. En Italie, par exemple, la première chose qu’on vous propose quand vous arrivez chez quelqu’un, c’est un café. Ici, c’est la même chose avec le mate : « ¿matecito? ».

Quant à la pizza, tout le monde sait que c’est l’un des plus beaux cadeaux que l’on doit à l’Italie et qu’elle s’est répandue partout dans le monde, Buenos Aires ne faisant pas exception. Même si la pizza porteña est très différente de son homologue italienne et que cette mutation reste un mystère (explications ici), plusieurs pizzérias parmi les plus connues ont été fondées par des Italiens, comme Güerrin, Banchero ou Pin Pun.

Mais pour ceux qui sont en quête d’une cuisine authentiquement italienne, voilà quelques suggestions à Buenos Aires :

  • Siamo nel Forno : Pour manger une « vera pizza napoletana ».
  • San Paolo : Chef et pizzaiolo napolitain. Testez la margarita et racontez-nous.
  • Cucina Paradiso : Le réputé chef italien, Donato de Santis, qui est en Argentine depuis des années, combine la cuisine traditionnelle italienne avec quelques touches argentines.
  • Filo : En plus d’être un classique de la cuisine italienne, l’endroit a la particularité d’être aussi une galerie d’art dont le sous-sol abrite des expos de sculpture, peinture et photo.
  • Amici miei : La spécialité ?  Le risotto. On vous recommande celui aux champignons avec sauce aux truffes.
  • La Locanda : Un voyage en Sardaigne sans escales.

La mentalité

Il faut également dire que l’Argentine partage un certain état d’esprit avec l’Italie. L’idiosyncrasie représente une part importante de l’héritage : la culture du travail et des études comme en témoigne la mythique phrase « m’ijo el dotor » qui représente le rêve de l’immigré de voir son fils avoir plus de chance que lui. Sans oublier la « avivada criolla », cette idée implicite qu’il faut toujours avoir un temps d’avance : « fatta la legge, trovatto il inganno » c’est-à-dire « hecha la ley, hecha la trampa », la tristement célèbre phrase qui est tellement utilisée en Argentine et qui viendrait de la Rome antique.

Ce n’est pas pour rien qu’on dit que « les Péruviens descendent des Incas, les Mexicains descendent des Aztèques, et les Argentins descendent du bateau ».

Porteña y guía de turismo. Travel Blogger . Ciudadana del mundo en proceso. Apasionada de la escritura y de comprar pasajes baratos. Situación actual: cuerpo en Buenos Aires, corazón en Francia.