CIRCUIT : À la rencontre des anciennes usines de Barracas

usines barracas

À la fin du XIXe siècle, les familles aristocratiques installées à Barracas migrent au nord de Buenos Aires, fuyant la fièvre jaune. Dès lors, le quartier devient ouvrier, et les usines pullulent pour fabriquer tissus et espadrilles, biscuits et chocolats. Pendant un siècle, les usines, ateliers ou fábricas deviennent la principale activité de Barracas.

Dans les années 1980, autoroutes et privatisations ont raison des fábricas. Elles disparaissent les unes après les autres, laissant des bâtiments historiques à l’abandon. Depuis 15 ans, la ville de Buenos Aires veut réhabiliter ce « patrimoine industriel ». De la réhabilitation à la transformation, les bâtiments reprennent vie entre projets culturels et investissements privés, avec la promesse de rendre au quartier de Barracas l’odeur perdue du biscuit …

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Morceaux du passé dans les usines réhabilitées

De la façade aux pépites intérieures, il est possible de retrouver dans certaines rénovations les marques des anciennes fábricas de Barracas.

Des biscuits Canale au Palacio Lezama (Martín Garcia 344)

Au bas du parc Lezama, un immense bâtiment attire l’attention des promeneurs. L’immeuble est celui des anciennes usines de biscuits Canale. Créée par le génois José Canale en 1915, c’est ici qu’étaient fabriqués de savoureux biscuits exportés jusqu’en France. En 1985, un incendie ravage le bâtiment, abandonné jusqu’en 2004. Aujourd’hui, l’édifice Palacio Lezama abrite les bureaux du Ministère du Développement urbain et du Transport. On lit encore en façade le nom de l’ancienne biscuiterie : Talleres Canale.

De la yerba mate à la banque (Martín Garcia 474)

Dans ce bâtiment de la rue Martín Garcia, les feuilles vertes n’ont pas toujours été des billets de banque. En 1940, Cruz de Malta construit l’édifice pour y transformer la yerba mate venant du Mato Grosso. En 2008, deux cabinets d’architectes remettent le bâtiment en fonction, désormais occupé par HSBC. Le nom de son premier propriétaire, Matte Larangeira, figure toujours sur le front de l’édifice.

Des espadrilles Alpargatas à l’immeuble Molina (Patricios 1142)

Les fans d’espadrille en toile et semelle de jute connaissent sans doute la fabrique Alpargatas. Fondée en 1883 par le basque Juan Echegaray et l’écossais Robert Fraser, elle fabriquait les célèbres chaussures jusque dans les années 1950. L’immense bâtiment a été transformé en complexe de bureaux et de lofts de luxe en 2016. L’architecture du bâtiment et quelques détails d’époque ont été conservés, comme le patio couvert, ouvert aux visiteurs. Le lieu fait partie du circuit Distrito del Diseño.

De la fabrique de tissus aux résidences Barracas Central (Lanín 200)

La fabrique de tissus Piccaluga a été construite en 1920 par les architectes Donatti et Colomba. Le bâtiment a eu plusieurs vies, racheté successivement par une fabrique de chaussures et une banque, avant de devenir l’immeuble résidentiel de luxe qu’il est aujourd’hui. Derrière la façade d’époque et la coupole conservées, se cachent lofts et commerces complètement modernes.

 

Un passé à imaginer, entre transformation et abandon

D’autres usines et ateliers ont été transformés de manière plus profonde, au point de ne plus de se douter que derrière la façade moderne, se cache la structure d’une ancienne fábrica. Et pourtant…

Des ateliers Fabril Financiera à Central Park (California 2000)

D’abord siège de la Compagnie générale des allumettes (1889), le bâtiment de la rue California a accueilli les ateliers graphiques de la Fabril Financiera entre 1928 et 1993. C’est ici que s’est tenue une grève de 93 jours en 1969. L’immeuble est réhabilité en 1996 par Emilce Aguello (le même architecte que pour le Palacio Lezama) pour devenir Central Park. Ce lieu de bureaux, co-working et d’ateliers d’artistes arbore une façade colorée qui camoufle le bâtiment historique. Le lieu fait partie du circuit Districto del Diseño.

Les bonbons Bagley devenus la résidence Moca (Montes de Oca, 100)

La mode de la transformation des bâtiments industriels en lofts de luxe n’a pas épargné les anciennes usines de Barracas. En 1982, les fabricants de bonbons et biscuits Bagley installent rue Montes de Oca leur fabrique de hesperidina, une boisson à base de d’oranges amères et de fruits verts, inventée par Melville Bagley en 1864. Après son occupation par Danone et Copelle, et ses multiples transformations, il est difficile de revoir le magnifique édifice de l’époque et ses jardins, dans le moderne immeuble Moca.

Du chocolat Águila à l’hypermarché Easy (Herrera 855)

L’époque où le chocolat Águila ennivrait les rues de Barracas laisserait nostalgique plus d’un habitant. Créé en 1880 par Abel Saint, l’usine a vu passer nombre de médaillons à la menthe et batonnets en chocolat. En 1933, le groupe Arcor rachète puis revend l’immeuble, désormais occupé en partie par le magasin de construction Easy.

Les chocolats Noel comme parking pour autobus (Patricios 1570)

La fabrique de chocolats Noel a été la première usine de production de bonbons d’Argentine. En 1926, le bâtiment est conçu par Martin Noel, un architecte mêlant Art Déco et style néocolonial. C’est lui qui a également conçu les murs du Musée d’art hispanique Fernandez Blanco. Le groupe Arcor (qui a également acheté Bagley et Águila) avale l’entreprise Noel en 1994 suite à une vague de privatisations. Le site est actuellement à l’abandon, et pour partie utilisé comme parking pour autobus.

Il existe bien d’autres anciens ateliers et usines à Barracas : partez à leur recherche ! Au numéro 1366 de la rue Quinquela Martin se trouve un ancien bâtiment, conçu par le même architecte que la Usina de  Arte, Juan Chiogna.

👉 En savoir plus sur les anciennes usines de Barracas

Rédactrice et passionnée par l’Argentine. Redactora y enamorada de Argentina.