Effronterie photographique au MALBA par Prince et Sherman

Malba
Photo : site web du MALBA

Date d’ouverture : 28 juin 2018
Date de clôture : 29 octobre 2018

Les œuvres de Cindy Sherman (Etats-Unis, 1954) et de Richard Prince (Panama, 1949) débarquent au MALBA. Ce sont deux photographes contemporains qui ont mis en doute les préjugés de leur époque, et proposé de nouvelles esthétiques et techniques pour penser la photographie. Leurs œuvres continuent de susciter curiosité et polémique. Et même si l’on n’est pas d’accord avec tout ce qu’ils proposent, leur travail mérite d’être vu et discuté.

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En entrant, on s’aperçoit que l’espace est séparé en deux : à droite, l’œuvre de Prince, à gauche, celle de Sherman. Victoria Giraudo (commissaire d’exposition en chef du MALBA) et Gunnar Kvaran (directeur du musée Astrup Fearnly) ont sélectionné 34 photos, la plupart en grand format, parmi la collection du musée Astrup Fearnly d’Oslo.

On peut voir certains des travaux les plus emblématiques de Richard Prince, comme les séries Cowboys, Girlsfriends et Spiritual America. Prince a mis en difficulté les concepts de création d’une œuvre et d’originalité en pratiquant la re-photographie d’images iconiques comme celles des publicités Malboro. Les thèmes qui reviennent dans son œuvre sont les idéaux de masculinité, la critique sociale et le rêve américain teinté de nostalgie. L’une de ses images les plus célèbres, qui fait partie de la série Spiritual America, montre Brooke Shields, enfant, très légèrement vêtue et dans une position suggestive. Le moyen de mettre en évidence l’usage qui est fait du corps féminin comme produit de consommation et révéler les ressorts de l’appareil moral et social qui permet cela.

Quant à Sherman, on peut voir des photos tirées de ses séries les plus connues, comme Untitled Film Stillsy History Portraits/Old Masters. Dans cette dernière, Sherman, à partir d’une commande de la Manufacture Royale de porcelaine de Limoges, a recréé des peintures et des ambiances du Baroque et de la Renaissance. Elle a posé elle-même comme modèle et utilisé des prothèses de seins et de ventres, ou des bébés en plastique, pour mimer les poses et ambiances des siècles passés. En même temps, elle a cherché à faire apparaître l’ennui qu’il y a à rester immobile pendant des heures devant un artiste-peintre. D’où ce halo mystérieux qui enveloppe les visages.

Les deux artistes ont fait partie du mouvement Pictures Generation, très actif dans les années 70 et 80. Les photographes de ce mouvement ont vu le jour dans une société hypertrophiée par l’image. Ils se sont trouvés dans une impasse : leurs prédécesseurs étaient allés trop loin en matière artistique. D’un côté, l’art conceptuel était arrivé au point de décomposer l’objet esthétique, et il était difficile de rivaliser avec Robert Smithson et son Land Art. D’un autre côté, les artistes de la Pictures Generation avaient lu des penseurs comme Roland Barthes, Julia Kristeva et Michel Foucault. Ils en ont déduit que l’identité n’était pas essentielle mais une construction sociale. Ils sont arrivés à la conclusion que l’image était l’un des moyens privilégiés de cette construction de l’individu dans le tissu social. Ils ont donc fait de la culture populaire et des moyens de communication les principales sources où aller puiser des images pour leur travail.

En somme, l’exposition vaut le détour. Et ensuite ? La cafétéria Ninina ou Le Pain Quotidien vous permettront de déguster quelque chose de bon tout en discutant de la visite. Et vous pourriez aussi faire un saut au ciné du MALBA, qui organise toujours des cycles intéressants.

Cindy Sherman et Richard Prince au MALBA
Av. Figueroa Alcorta 3415 – Palermo
Tel : 4808-6500
Du jeudi au lundi et jours fériés, de 12h à 20h ; mercredi, jusqu’à 21h.

* Traduction Nicolas Zeisler

Soy escritor y traductor. Me encanta leer, viajar, ir al cine y visitar museos. Saco fotos como hobby y tengo un espíritu curioso.