Tierra partida, caricature de l’histoire argentine en version clown

tierra partida
Photo de Alternativa Teatral

Tierra partida explore le XIXe siècle argentin avec l’intention de trouver des clés de lecture pour comprendre le présent. Avec une mise en scène audacieuse et une étonnante quantité d’acteurs et de musiciens, cette œuvre surprend le spectateur en l’incluant complètement dans la pièce et en le faisant participer à tout ce qui se passe sur scène tout au long de la représentation.

L’œuvre met en scène deux historiens qui cherchent à raconter la difficulté qu’il y a à monter une pièce de théâtre. Une tâche qui selon eux ressemble à celle de gérer un pays. L’œuvre traite donc d’une œuvre qui raconte l’histoire d’un pays – l’Argentine – dont on nous présente les difficultés à s’organiser au cours du temps. Le détour est comique et les deux historiens remontent jusqu’aux racines du XIXe siècle argentin. Ils explorent ainsi les différentes étapes de l’organisation du pays : la signature de la constitution, la présidence de Rivadavia, l’emprunt à la Baring Brothers, les conflits avec Rosas, la bataille de Caseros, entre autres. Comment reproduire tout cela sur scène ? Avec la complicité d’un bataillon d’acteurs-clowns qui recréent les différents épisodes au grand étonnement des historiens et du public.

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La pièce n’a rien de politiquement correct et de nombreuses répliques résonnent avec l’actualité. La célèbre « grieta », dont on parle tant pour illustrer les divisions internes du pays, puise sa source dans les étapes de gestation de la nation et de la république argentine. Bien que parodique, l’approche n’est nullement naïve. Si les clowns se moquent d’un certain nombre de grandes dates et de personnages argentins, provoquant les rires du public, ils racontent aussi, comme dans un livre d’histoire, des moments tragiques et douloureux qui ne manquent pas de rappeler de mauvais souvenirs au public. Le rire agit comme une planche de salut qui permet de supporter la tragédie et passer un bon moment. Mais quand il cesse, il ne reste que l’amertume et les regrets liés à notre histoire.

Avec humour, Tierra partida donne aussi dans le macabre. Quatre personnages grotesques aux visages couverts par des masques de porcs apparaissent parfois pour tenter de réécrire l’histoire et limiter les dégâts, sans jamais se rendre compte qu’ils ne font qu’empirer l’existant. Les historiens luttent contre ces créatures et poursuivent leur mission. Entre eux, cependant, des différences apparaissent. L’un aspire à une interprétation critique des faits, l’autre appelle de ses vœux une version édulcorée de l’histoire qui fasse sens commercialement. Une manière de questionner l’interprétation de l’histoire et d’interpeller le public pour en faire un protagoniste de cette mémoire commune dont il est nécessaire de prendre soin.

Cela dit, le ton général de la pièce reste gai et comique. Avant même que la pièce ne commence, le groupe des clowns danse et joue des instruments jusqu’à ce que chacun trouve sa place. Les questions les plus graves apparaissent de façon un peu fourbe, presque toujours dissimulées sous le verni du rire. Les morts tombés au cours des batailles fictives revivent comme si de rien n’était pour interpréter les épisodes suivants. Même les historiens, qui passent leur temps à se disputer, ont quelque chose de clownesque, et leurs nombreuses différences ne les empêchent pas de développer une belle amitié.

Marcos Arano et Gabriel Graves sont les auteurs de Tierra partida, et le premier nommé s’est aussi chargé de la mise en scène. Le scenario a beau parfois chercher à provoquer le rire facile, il n’en reste pas moins très solidement ficelé. La pièce est pleine de clins d’œil à la conjoncture politique actuelle. Par ailleurs, la performance des acteurs est impeccable. Mention spéciale aux créateurs de la pièce, capables de diriger un aussi grand nombre d’acteurs sur scène. En 2017, l’œuvre a été présentée au Festival San Pedro Clown.

Tierra partida est une pièce de théâtre drôle, actuelle et qui ne manquera pas de marquer ceux qui iront la voir. Espérons que les salles de La Carpintería qui accueillent ce spectacle ne désemplissent pas. Dans le coin, vous trouverez d’autres endroits intéressants comme musée casa de Carlos Gardel et, quelques rues plus loin, l’emblématique Centre Culturel Konex où la Bomba de Tiempo se produit tous les lundis.

Tierra partida à La Carpintería Teatro
Jean Jaures 858 – Balvanera
Tel : 4961-5092
Le vendredi à 22h30 en février et à 22h à partir de mars
Entrées en vente à La Carpintería Teatro ou via Alternativa Teatral
Jusqu’au 4 juin 2018