Avec le peintre Guillermo Kuitca, Buenos Aires s’invite au musée Picasso de Paris

Dans la chapelle du musée Picasso Paris, l’artiste argentin Guillermo Kuitca a réalisé une fresque in situ qui transforme l’ancien sanctuaire en une carte mentale fragmentée. Sa peinture est un dialogue entre Buenos Aires et Paris. Sa proposition : un détournement de l’héritage cubiste.


À l’approche du musée Picasso Paris, le calme qui règne dans le IIIe arrondissement, en cette journée ensoleillée de l’automne parisien, annonce la couleur. Nous voici à quelques pas d’un temple, un lieu à part où l’art couve à l’abri d’un sanctuaire.

Situé dans le cœur du Marais, à côté de la Place des Vosges, le musée consacré à la vie et à l’œuvre de Pablo Picasso nous évoque les décors des romans de Victor Hugo et d’Honoré de Balzac. Installée dans l’hôtel Salé, la collection de peintures de l’artiste espagnol le plus célèbre de l’histoire moderne trône entre les légendes du passé et les créateurs du présent.

C’est dans l’ancienne chapelle de cet hôtel particulier que l’artiste argentin Guillermo Kuitca (notamment exposé au Metropolitan Museum of Art de New York ou encore à la Tate Gallery en Angleterre) fut invité à créer une œuvre in situ. Les regards sont immédiatement captés, à l’entrée, par un saisissant contraste. Celui qui se dessine entre le lieu sacré et la peinture « cubistoïde », selon les mots de l’artiste, qui s’y déploient sur ses murs.

La chapelle de Kuitca donne l’impression d’un plan, d’une carte abstraite et chaotique avec des zones qui se fragmentent entre la densité et le vide, mais aussi des lignes qui s’entrecroisent comme des pliures. Les couches de couleurs superposées créent du volume et représentent la trace laissée par les artistes à travers le temps. Les yeux ne sont donc pas invités à lire la fresque de façon linéaire, mais plutôt à circuler à l’intérieur comme au milieu d’un labyrinthe.

La chapelle cubiste de Kuitca, en plein quartier du Marais, à Paris. Photo: Adrien Cendron-Vallecalle.
La chapelle cubiste de Kuitca, en plein quartier du Marais, à Paris. Photo: Adrien Cendron-Vallecalle.

Sur le carrousel de l’histoire de l’art, Guillermo Kuitca s’invite chez Picasso

Dans le texte de présentation officiel de l’exposition “Guillermo Kuitca, Chapelle” sur le site du Musée national Picasso-Paris, l’artiste argentin déclare : “Il y a de nombreuses années, j’ai peint des tableaux montrant un tapis roulant à bagages. Je pense que l’histoire de l’art était le véritable sujet de ces peintures. L’art serait ce carrousel ; l’œuvre d’art, un bagage et les artistes, des passagers.”

Surpris en pleine observation de la fresque, Marc, un quinqua passionné d’art contemporain, confirme auprès de BAC ce sentiment de mouvement qui émane de l’œuvre de Kuitca : “Nous avons l’impression d’une chute, d’un écoulement, ou d’un ruissellement du temps lorsque l’on observe de près”.

L'entrée de l'hôtel Salé, où Guillermo Kuitca est exposé. Photo: Adrien Cendron-Vallecalle.
L’entrée de l’hôtel Salé, où Guillermo Kuitca est exposé. Photo: Adrien Cendron-Vallecalle.

La fresque de Kuitca dialogue avec celle du peintre espagnol. Face au maître Picasso canonisé, l’artiste portègne s’amuse à détourner les codes du cubisme. Kuitca les transforme afin de créer son propre langage. Il en conserve les formes géométriques, notamment avec ces figures aux angles triangulaires, mais les met cette fois-ci au service de l’espace, et non plus des corps et des objets.

De Buenos Aires à Paris : le grand voyage de Guillermo Kuitca

Nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2018, à la suite à sa longue collaboration avec la Fondation Cartier, Guillermo Kuitca réaffirme ici son rôle d’ambassadeur de l’art contemporain argentin en France.

Avec son œuvre, la peinture argentine semble avoir (re)pris ses quartiers dans la capitale française. Une ville qui réussit bien aux peintres originaires du Rio de la Plata, en témoigne la grande tradition d’échanges entre ces deux pays, incarnée, s’il ne fallait en citer qu’un, par le peintre Antonio Seguí.

De retour à Buenos Aires, nous retrouverons une grande partie de la collection des œuvres de Guillermo Kuitca au MALBA (Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires) ou chez la galeriste Ruth Benzacar.

Parmi elles, le visiteur appréciera notamment :

  • Siete últimas canciones (1986)
  • Teatro Colón, proyecto para el nuevo telón, (2009).

Pour s’immerger dans le style cubistoïde de Kuitca, qui a valu à l’artiste sa renommée internationale, il vous faudra finalement effectuer le grand voyage de retour, de Paris vers Buenos Aires.


FICHE PRATIQUE :

  • Musée national Picasso Paris : 5 Rue de Thorigny, 75003 Paris. Horaires d’ouvertures : du lundi au samedi de 9h30 à 18h. Métro Saint-Paul (ligne 1)
  • MALBA (Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires) : Avenida Figueroa Alcorta 3415, CABA. Horaires : du mercredi au lundi de 12h à 20h. Métro Bulnes (ligne D). Bus : 102,130,167, COMBI, B01.
  • Ruth Benzacar Galería de Arte : Juan Ramírez de Velasco 1287, CABA. Métro Dorrego (ligne B). Bus : 127, 19.

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