Quelle fut la vie du mystérieux gardien du cimetière de Recoleta, David Alleno ?
David Alleno, gardien du cimetière de Recoleta, nourrissait dès le plus jeune âge le rêve d’y acheter une parcelle. Lorsqu’il réussit à réunir l’argent nécessaire, il partit en Italie pour y faire sculpter la statue destinée à sa crypte.
Le plus étrange de cette histoire : cette statue affichait déjà la gravure de l’année de sa mort : 1910.
Qui était le gardien du cimetière de la Recoleta ?
Rencontré dans les allées du cimetière le plus visité d’Argentine, Martin Porras, guide touristique, nous raconte qu’Alleno y a officié en tant que gardien dès l’âge de seize ans. Ce jeune homme peu affable éprouvait une véritable fascination pour les tombeaux, d’autant que ses frères travaillaient eux aussi comme veilleurs de nuit.
Il ne fonda jamais de famille et consacra sa vie à son travail. C’était un homme détaché des biens matériels. Il vivait dans des conventillos et en était arrivé à se priver de dîner pour économiser.
Le guide nous explique ainsi que le rêve de David était de posséder une parcelle au cimetière de la Recoleta : il voulait compenser les privations de sa vie terrestre dans un autre monde.
Lorsque son frère empocha la loterie puis partagea les gains avec sa famille, David y vit l’occasion tant attendue. Il embarqua sur un bateau à vapeur pour l’Italie, afin de faire sculpter sa statue. Le travail fut confié au Génois A. Canessa, sculpteur et ami de son père.
La crypte du gardien du cimetière
David construisit lui-même son caveau, sans consulter d’experts. En se plaçant en face, vous remarquerez un mausolée étroit, d’un gris clair, à l’intérieur duquel se trouve la statue en marbre de Carrare.
« David Allineo, gardien de ce cimetière de 1881 à 1910. »
Il y est représenté dans sa tenue de travail, vêtu simplement, coiffé d’une casquette, et tenant dans sa main droite un trousseau de clés, symbolisant sa fonction de gardien. À ses pieds, une arrosoir et un balai complètent la scène.
La crypte est aujourd’hui en mauvais état : les murs latéraux sont abîmés, la vitre de la porte est incomplète. Au sol, on distingue des débris et une partie de cercueil. Si l’on observe attentivement, derrière un Christ crucifié, on peut lire sur l’épitaphe : « David Alleno, gardien de ce cimetière de 1881 à 1910 ».

Mythes et réalités : la fin tragique du gardien du cimetière
En 1910, David remit les clés du cimetière et rentra chez lui. Ce soir-là, il se suicida d’une balle dans la tête. D’autres versions prétendent qu’il aurait pris du poison. Quoi qu’il en soit, il semblait incapable d’attendre pour rejoindre sa nouvelle demeure. Il voulait reposer éternellement dans le lieu où il avait passé toute sa vie.
Martin nous précise que, grâce à la chercheuse Guada Aballe, enseignante et membre de la Bibliothèque nationale, une photo fut retrouvée dans le magazine Caras y Caretas du 10 avril 1909 : on y voit un groupe d’ouvriers du cimetière, parmi lesquels figure David Alleno.

De plus, les registres d’inhumation de 1910 ne mentionnent pas l’entrée de son corps cette année-là. Le certificat de décès, en revanche, indique qu’il mourut le 31 août 1915, d’un traumatisme et contusion cérébrale, laissant place à de multiples conjectures.
Sa date de naissance exacte demeure inconnue : certaines versions affirment qu’il mourut à 45 ans, d’autres à 74 ans, des suites d’une longue maladie. Des zones d’ombre entourent donc la vie et la mort du gardien. Selon le guide, les couloirs du cimetière recèlent encore bien des mystères.
Parmi eux, celui de David Alleno, dont la cause réelle du décès reste indéterminée. Un mystère irrésolu qui plane encore au-dessus des rangées du cimetière de Recoleta où, la nuit, on entend des bruits d’outils résonner entre les tombes… Comme si le gardien n’avait jamais terminé son étroit mausolée.
Où se trouve sa tombe
Depuis l’entrée principale du cimetière de Recoleta, 1760 rue Junín, un plan indique l’emplacement des personnalités les plus connues.
Pour trouver David Alleno, il faut se diriger vers le fond des allées, à l’ouest, près de la rue Azcuénaga, Section 20, C2, parcelle 26. Et si vous vous perdez dans le labyrinthe du cimetière, le personnel, toujours aimable, saura vous indiquer le chemin.


















