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« Le mariage » : Gombrowicz et ses délires au théâtre El extranjero

el casamiento théâtre
Photo : Facebook officiel El casamiento

Date de début : 2 septembre 2018
Date de fin : 21 octobre 2018

Witold Gombrowicz, écrivain polonais qui a longtemps vécu en Argentine, un pays dont il avait fait sa deuxième patrie, a terminé d’écrire Le Mariage en 1948. Une pièce de théâtre étourdissante et tourmentée qu’il a lui-même qualifiée de « mística Missa solemnis ». Après avoir occupé le devant de la scène au théâtre San Martín au début de l’année 2018, cette pièce est de retour et ne va pas manquer de vous surprendre avec une mise en scène plus personnelle et underground – mais pas moins courageuse – au théâtre En Extranjero et sous la direction de Cintia Miraglia.

Gombrowicz, pour ceux qui ne le connaissent pas, est arrivé en Argentine en 1939, journaliste invité à suivre le voyage en transatlantique qui reliait la Pologne à Buenos Aires. Quand la guerre a été déclarée, il est resté bloqué en Argentine, et quand celle-ci s’est terminée, son pays a été envahi par la Russie. Cet homme extravagant, qui gardait ses distances avec les grands cercles littéraires du moment qu’il détestait, a conçu une prose délirante et singulière qui aujourd’hui encore brille de mille feux. Ses œuvres, à la fois denses et métaphysiques, laissent malgré tout une grande place à l’humour, au corps et au plaisir.

Enrique est le personnage principal du Mariage : il rentre de la guerre et retrouve, comme dans un rêve – du moins c’est ce qu’il suspecte – son village et sa famille. Cela dit, tout s’est dégradé, ses parents sont devenus des cantiniers complètement fous et sa fiancée une servante. Son père prétend être roi et salue l’arrivée de son fils, le prince, pour qui il a prévu d’arranger un mariage. Au départ, Enrique ne croit à rien de tout cela, mais petit à petit il commence à jouer le jeu d’une fiction qui, sous le voile de la comédie et des rires, dissimule la tragédie et un sentiment d’horreur diffus mais tangible.

Cette pièce de théâtre explore les limites de la folie et met constamment en danger la théâtralité en tant que telle. L’œuvre joue sur les préjugés à propos du sens du théâtre ainsi qu’avec la mise en scène, le langage utilisé pour théâtraliser et le public comme garant de la fiction. Cette œuvre fait écho à Hamlet et Gombrowicz démontre qu’en littérature, les hauteurs et les bas-fonds sont difficiles à séparer : même la pièce la plus classique se nourrit de folie et de chaos.

Le jeu d’acteur est magistral, surtout le personnage d’Enrique et celui de son père qui sont interprétés avec une grande virtuosité. L’œuvre parvient à composer un spectacle complet et réussi, en conjuguant en même temps le chant, la danse, le comique et une mise en scène originale. Tout en restant d’une fidélité sans faille au texte original. Ceux qui voudraient lire « Le mariage » peuvent le trouver dans la récente édition du Théâtre complet édité par Cuenco del plata, une vraie pépite car directement traduit du polonais.

La scène théâtrale de Buenos Aires s’enrichit avec une pièce qui gagnerait à rester longtemps à l’affiche si le public suit. En sortant du théâtre, vous pouvez faire un tour par l’un des grands restaurants végétariens et végans de Buenos Aires : La Reina Kunti, qui propose aussi des plats relevés. Si vous cherchez une aventure différente, rendez-vous plutôt au mythique café Las Violetas.

El casamiento au théâtre El extranjero
Valentín Gómez 3378 – Almagro
Tel : 4862-7400
Le dimanche à 18h
Entrées disponibles au guichet de El extranjero, sur son site web ou sur Alternativa Teatral

Soy escritor y traductor. Me encanta leer, viajar, ir al cine y visitar museos. Saco fotos como hobby y tengo un espíritu curioso.