Retour sur la vie extraordinaire du yorkshire le plus célèbre de l’histoire argentine, et meilleur compagnon de Susana Giménez, qui aimait déclarer : « Les hommes passent, Jazmín reste. »
À cette époque, Susana attirait tous les projecteurs de la télé, tout en menant sa vie personnelle à l’ombre de la solitude. Quand Jazmín est apparu dans la vie de la diva, son émission « Hola Susana » écrasait les audiences et faisait d’elle la femme la plus populaire d’Argentine. La flame de son mariage avec Huberto Roviralta mourait à petit feu. Le joueur de polo, qui l’avait séduite avec son nom illustre et ses manières de gentleman, s’avérait être un mari taciturne. « Huberto se lève… quand je me couche. Il est pris par le polo, les chevaux, et tout ça commence à l’aube. Ce n’est pas facile de faire coïncider nos horaires« , a confié Susana au journaliste Alfredo Serra.
Il n’y avait pas que les horaires qui coinçaient : Susana et Huberto n’avaient plus d’activités, de passions ni d’économies en commun. « Je me suis rendue compte de qui il était vraiment quand une fois mariée. Je n’arrivais pas à respecter quelqu’un qui ne payait même pas l’électricité. Il passait son temps à jouer au polo. Il n’a même pas apporté sa brosse à dents quand il a aménagé; il n’avait pas de valise. Il a commencé à me tromper… Je ne l’ai jamais trompé. Comme ma vie affective n’était pas très épanouissante, toute ma libido était mobilisée dans mon travail.«
En rentrant chez elle, submergée par la tristesse, elle se dit à elle-même : « Je m’achète un chien ou je vais mourir« . Sa meilleure amie, la grande China Zorrilla, qui vivait avec Flor, un petite yorkshire, lui conseilla d’en acheter un car ils étaient intelligents, avec une forte personnalité et très fidèles. Susana sut qu’elle trouverait chez un animal de compagnie ce qu’elle ne trouvait pas chez son mari.
Mâle avec un nom féminin
Encore aujourd’hui, on ne sait pas avec certitude ni quand, ni où elle a acheté son chien, mais dès lors, la vie des deux a changé du tout au tout. Elle trouva un mâle mais le baptisa d’un nom féminin : Jazmín. Ils devinrent inséparables. Elle l’emmenait à la télévision et il restait assis sur ses genoux pendant qu’on la maquillait ou qu’on la coiffait. Il était présent lors des interviews et des productions. Il voyageait dans son imposante voiture allemande, partageait un siège en première classe dans les avions et apparaissait dans ses bras lors de défilés exclusifs. Il recevait les soins d’un enfant gâté mais pas ceux d’une star excentrique. Il avait un styliste et des personnes qui s’occupaient de ses promenades, mais n’a jamais dormi entre des draps de soie ni bu dans un récipient orné doré (Susana a refuté cette rumeur dans une émission).
Jazmín a occupé ostensiblement le top cinq de ses amours. En 2005, Diego Maradona faisait un carton avec « La noche del 10 ». Sa présence était si irrésistible que ce fut l’une des rares fois où Susana quitta Telefe pour visiter la concurrence. Diego décida de la surprendre avec un cadeau : un nouveau yorkshire. La petite chienne de 60 jours apparut dans un petit panier tapissé d’imprimé animal, avec un collier en strass et une combinaison rouge et blanche.
Après avoir donné à son mâle le nom féminin de Jazmín, Susana baptisa sa nouvelle chienne d’un nom masculin : Ten, puis Dieci. Elle affirma à l’antenne que quand Jazmín verrait Dieci, « Il voudrait se suicider« . La plaisanterie se transforma et prit une tournure inquiétante quand la diva rentra chez elle avec le nouveau yorkshire. « Dieci est restée un moment à la maison et Jazmín n’a pas mangé pendant deux jours. Je ne peux pas adopter un autre chien maintenant« , confessa-t-elle quelques semaines plus tard. Pour ne pas éclipser le règne de son animal numéro un, elle décida de confier le numéro deux à l’une de ses assistantes.
En plus d’être au centre de scènes de jalousie, Jazmín était aussi le protagoniste de séances photos. Héctor Maugeri, directeur de Caras, s’est souvenu sur ses réseaux sociaux du jour où le magazine lui a consacré plusieurs pages. « La production a duré des heures et le studio photo s’est transformé en un mini-plateau avec des objets mémorables ; des petites bottes pour la pluie, des fauteuils et des lits à sa taille. Ce fut un succès et il a eu autant de fans que de détracteurs.«
Dans le groupe des fans et des détracteurs se trouvaient les photographes de presse et les journalistes. Les premiers aimaient cette image de pur glamour de la diva et son yorkshire. Les seconds devaient cacher leur haine. Jazmín – qui pesait moins de quatre kilos – grognait et aboyait sans arrêt dès que quelqu’un s’approchait de sa Susana.
Un après-midi, tel que la diva l’a raconté dans son émission, Jazmín l’a presque « fait mourir de peur« . Avant de déménager à Barrio Parque, elle vivait dans un immeuble de Belgrano et parmi ses voisins se trouvaient les enfants de Sergio Denis. Un après-midi, elle discutait avec le chanteur – et ex-amant – et dans un moment d’inattention, Jazmín traversa la rue. Une camionnette lui passa dessus mais, grâce à sa petite taille, Jazmín resta logé entre le châssis et l’asphalte. Il sortit d’entre les roues, indemne, pour retrouver une Susana tremblante, encore sous le choc.
Un amour impossible à cacher
Un autre fait marquant, datant de novembre 2001. Selon Jorge Rial dans « Intrusos », trois ans auparavant, Jazmín avait été attaqué par deux dogues entraînés pour le mettre en pièces. Apparemment, c’était la vengeance d’un employé contre la diva. Le journaliste affirmait que Jorge « Corcho » Rodríguez, le compagnon de Susana à cette époque, avait réussi à le remplacer par un autre chien.
Habituée à faire face à des rumeurs constantes, Susana minimisa cette information, mais elle recevait continuellement des messages de fans inquiets. Grande connaisseuse des médias, elle ouvrit son émission avec le chien dans les bras et, regardant la caméra, affirma : « Vous n’êtes que des misérables. Je dois faire ça pour que vous arrêtiez de dire des bêtises. Comment pouvez-vous croire qu’on va échanger mon chien sans que je m’en rende compte ? Vous me prenez pour une idiote ? Je n’ai pas encore Alzheimer.«
L’amour entre la diva et le chien était impossible à cacher. « C’est comme un fils pour moi. C’est le compagnon le plus fidèle que j’ai eu à mes côtés« , assurait-elle dans le magazine Pronto. « Pour Jazmín, je fais des choses que je n’ai même pas faites pour ma fille. Il est unique à mes yeux, comme un être humain. C’est un être noble qui a été là dans les bons moments et dans les mauvais aussi. » En 2005, l’animal humanisé lui a fait une petite frayeur quand il a souffert d’une insuffisance valvulaire. « Il se comporte très bien, et le seul chagrin qu’il pourrait me causer serait qu’il meure. Parce que l’amour et la fidélité qu’il m’offre jour après jour sont inconditionnels.«
Certaines rumeurs affirmaient que Jazmín était déprimé par manque d’activité sexuelle. « Il a des petits un peu partout, rétorqua Susana. On lui a amené plusieurs fiancées et il n’a pas eu de problèmes avec ça. » L’une de ces petites était Gilda, une chienne que Susana offrit à l’inspiratrice de son amour pour cette race : la Zorrilla. Cependant, cet animal eut une triste histoire. « Je ne l’ai pas dit à Susana, mais le vétérinaire, dès la première fois qu’il l’a vue, m’a dit que c’était une petite chienne malade, qu’elle avait un problème cardiaque et qu’elle ne pouvait pas courir, sauter, s’agiter ; je lui ai dit que je n’allais pas l’empêcher de faire tout ça, ça aurait été une torture. Un jour, je suis rentrée chez moi, et quand je suis arrivée, elle était là dans la cuisine… Je me suis jetée par terre, elle m’a regardée et est venue vers moi ; elle m’a donné trois petits coups de langue sur le visage et elle est morte, allongée sur moi« , a-t-elle raconté dans l’émission « La pregunta animal ».
Les poids des années se fait sentir, y compris pour l’animal le plus choyé et idolâtré d’Argentine. À quinze ans, la santé de Jazmín a commencé à défaillir. Cela a commencé par une insuffisance cardiaque et rénale, puis cela s’est empiré, avec une agitation constante et de l’eau infiltrée dans ses poumons. Susana l’a emmené chez les meilleurs spécialistes et a placé un petit lit à côté du sien pour le soigner jour et nuit. « Maintenant tout est une question de temps. Je suis très triste, mais il est très vieux et il n’y a plus rien à faire. » Le journaliste Daniel Gómez Rinaldi a révélé que lorsque son ami fidèle est tombé malade, la diva se levait en pleine nuit pour lui donner différents médicaments.
Mille choses que l’homme n’a pas
Fin février 2006, la diva était en vacances à Miami, sans son ami le plus fidèle. Selon une version, en raison de sa santé détériorée, les vétérinaires lui avaient déconseillé de faire voyager Jazmín, mais d’autres disaient que la diva s’était réfugiée à Miami pour ne pas voir souffrir son bien-aimé compagnon ni être présente au moment final. Le 24 février 2006 fut l’un des moments les plus tristes de Susana. Dans le magazine Pronto, elle a raconté comment elle a vécu ce moment : « Quand je l’ai su, j’ai failli mourir de douleur… J’ai beaucoup pleuré. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour qu’il souffre le moins possible et il a reçu les soins permanents d’un vétérinaire. Le dénouement était prévisible mais cela a quand même été un coup dur parce qu’il était ma vie. Je sens qu’il me manque un morceau de ma vie.«
Dans l’émission RSM, l’humoriste Humberto Tortonese a annoncé sa mort, mais en raison de son style enjoué, personne ne l’a cru. Une fois la nouvelle confirmée, elle a fait la Une des journaux télévisés.
Susana a ordonné d’enterrer ce « fils, le compagnon le plus fidèle que j’ai eu à mes côtés » dans le jardin de sa mansion de Buenos Aires. Elle a choisi l’endroit préféré de Jazmín, qui est aussi un lieu visible qu’elle peut regarder chaque fois qu’elle entre chez elle. Elle a fait placer une plaque de marbre qui résumait leur histoire d’amour. Sur le marbre froid, on peut lire un chaleureux : « Jazmín, mon compagnon éternel.«
Après la mort de Jazmín, d’autres chiens l’ont accompagnée. « Ils ont mille choses que l’homme n’a pas, ils ne te donnent que de l’amour, ils sont désintéressés, ils n’ont pas d’envie… Ils n’attendent jamais rien. Ils sont juste à tes côtés pour te protéger et t’aimer. » Dans sa ferme de Punta del Este, elle a construit un cimetière pour ses animaux. Seul Jazmín repose dans sa maison de Barrio Parque, peut-être parce qu’il a été non seulement son unique et inséparable compagnon, mais aussi parce qu’il a été le seul à faire en sorte que la femme qui semblait tout avoir ne meure pas de tristesse et d’ennui.
Chiens de présidents
La reine de la télévision argentine n’est pas la seule célébrité à avoir médiatisé son chien. Il existe, dans la politique nationale, une longue tradition en la matière :
- Les premiers chiens politisés furent Monito, Tinolita, Negrita et Canela, les caniches de Perón ou les « petits chiens bandits », comme il les appelait. L’amour canin du général l’a poussé à promouvoir la Loi de Protection Animale (14.346) de 1954, pionnière en Amérique latine. Canela est morte en 1966 et Perón a fait mettre une pierre tombale avec l’inscription « Canela, le meilleur et le plus fidèle des amis »
- Le président Arturo Illia a partagé son séjour à la Quinta de Olivos avec deux compagnons canins : Odradek et Mandinga.
- Durant ses mandats, Carlos Menem a accumulé plus de dix chiens entre shar-peïs, maltais et autres de plus petite taille. De plus, il a reçu un shar-peï de Xuxa et un autre offert par Maradona.
- Néstor Kirchner a ramené de Río Gallegos Alex, un boxer qui, à sa mort, a été enterré à Olivos. A suivi Cleopatra, une mini caniche toy, et quand elle est décédée, Lolita de la même race, lui a succédée.
- En novembre 2013, Cristina a présenté Simón, un cadeau d’Adan, le frère du président vénézuélien Hugo Chávez. De race mucuchíes, il porte ce nom car c’est la même race que le chien qui accompagnait Simón Bolívar.
- Pendant la campagne présidentielle, Mauricio Macri a présenté Balcarce, un chien métis, qui est devenu une sensation quand son image assis dans le fauteuil présidentiel est apparue. Il a ensuite été adopté par une fonctionnaire.
- Dylan était le colley qui accompagnait le président Alberto Fernández.
- L’actuel président, Javier Milei, n’a jamais caché l’importance de ses chiens Conan, Murray, Milton, Robert et Lucas. Il en parle souvent comme de ses « enfants à quatre pattes ». Ses cinq chiens sont le résultat d’un clonage qu’il a fait de Conan il y a quelques années. Milei affirme avoir connu l’animal original dans une autre vie au Colisée romain. Ouaf ouaf !

















