« La visita… »: l’univers de Mariana Enríquez en plein cœur d’Almagro

Dans la pièce La visita, ¿quién es la visita? (La visite, qui est la visite ?), l’actrice et dramaturge Amalia Canario transforme les atmosphères inquiétantes de Mariana Enríquez en une expérience théâtrale immersive. Une œuvre où le public devient partie intégrante du récit et où la terreur se construit à partir de l’intime.


Comment porter à la scène un monde obscur, estampillé « horreur », sans perdre la délicatesse du poétique ni tomber dans l’effet facile ?

Telle est la question qui a accompagné Amalia Canario, dramaturge et metteuse en scène derrière La visita, ¿quién es la visita?, une œuvre qui prend comme point de départ l’univers littéraire de Mariana Enríquez sans l’adapter littéralement.

Equipo de trabajo de La visita, ¿quién es la visita? de la directora Amalia Canario. Fotos @awa.ok
L’équipe à la tête de la pièce La visita, ¿quién es la visita? Photo @awa.ok

La pièce, conçue par Julián Quilaqueo, s’organise comme une visite guidée : Pilar ouvre l’ancienne maison de sa grand-mère Norma, une spirite reconnue en son temps, pour inviter le public à parcourir souvenirs et fantômes. Le spectateur reçoit des liqueurs, écoute un tourne-disque et observe des objets anciens avant de plonger dans un climat de plus en plus hostile.

Dans ce parcours apparaît l’élément central : la relation entre la petite-fille et la grand-mère, un lien fait d’hostilité, d’admiration, d’amour et de rancœur. Bien que Pilar ne soit pas issue d’un conte spécifique d’Enríquez, son monde est imprégné de ces atmosphères familiales, obscures et tendues qui caractérisent l’œuvre de l’écrivaine argentine.

La grand-mère, quant à elle, incarne un pouvoir obscur qui manipule sa descendance : « C’était une femme qui maîtrisait les deux pôles de l’énergie. Il y avait quelque chose d’obscur en elle, et son objectif était de ne jamais perdre cette position. C’est pourquoi elle bloquait sa petite-fille, ne lui donnait pas les outils pour se développer, la maintenait sous son contrôle ».

Dans La visita, ¿quién es la visita?, l’héritage comme malédiction

Amalia Canario revient sur les réflexions ayant mené à l’écriture de sa pièce, qui s’est nourrie de références telles que comme Carrie, ce classique de Brian de Palma. Pilar possède un pouvoir latent, mais sans guide ni enseignement, elle le vit comme une malédiction. L’héritage devient ainsi une forme de possession, un poids qui se transmet de génération en génération.

Dans La visita, ¿quién es la visita?, le public n’observe pas seulement : il fait partie intégrante de l’expérience. La disposition dans un espace réduit renforce la proximité et le malaise. Les spectateurs partagent une boisson, ferment les yeux, écoutent de la musique et parcourent les pièces tandis que les frontières entre le réel et le théâtral s’estompent.

La conception sons et lumières, par Carolina Del Valle, accompagne cette recherche. Des appareils qui descendent sur la scène aux sons qui émergent de différents points de la salle, tout est pensé pour renforcer l’atmosphère spectrale. L’un des éléments les plus réussis est la manière dont le personnage de la grand-mère apparaît par intermittence, comme une présence qui vient reprendre possession du corps de Pilar.

Au-delà d’Enríquez : les relations, le pouvoir et le désir

La pièce, plus qu’un récit linéaire, devient alors une investigation sur l’héritage et la descendance. Qu’est-ce que cela fait, d’occuper la place de ceux qui sont venus avant ? Que signifie être « les successeurs de » et quel prix paie-t-on pour cette ambition ? Selon les mots de la metteuse en scène :

« La pièce parle des liens intrafamiliaux, de l’attention envers les autres et du pouvoir. »

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une adaptation littérale de Mariana Enríquez, le monde de La visita, ¿quién es la visita? fonctionne comme une matrice et un point de départ.

La dramaturge reconnaît qu’elle ressent une affinité pour cet univers et qu’elle aimerait continuer à l’explorer sur scène. En attendant, la pièce offre une voie originale pour expérimenter la terreur et le surnaturel en clé théâtrale, avec la proximité des objets quotidiens, des liqueurs anciennes et le récit intime d’une petite-fille qui ne parvient jamais vraiment à échapper à l’ombre de sa grand-mère.


Où voir La visita, ¿quién es la visita?

📍 Espacio Parva, quartier d’Almagro
🕗 Jeudis à 20h30
🎟️ Billets disponibles via leur profil Instagram : @espacioparva

Après la représentation : où prolonger l’expérience

Quelques adresses privilégier à proximité pour manger ou prendre un verre :

  • Le Troquet de Henry : idéal pour partager des bières et des empanadas.

  • Guarda la vieja : excellent rapport qualité-prix, avec des tapas à partager.

  • La vieja guarida : espace culturel avec promotions de nourriture et bière artisanale dans un joli patio.

Valerico Morisi
Guionista, crítico de cine y profesional de la comunicación, le gusta la historia y poder encontrar los dobleces que aún no se cuentan de la cultura de la ciudad de Buenos Aires

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