Cervantes, la cantine cachée du Microcentro

Dans une rue étroite qui s’éloigne de la fureur de Corrientes et Callao, on entre par des doubles portes battantes dans cette cantine porteña. On se sent alors assailli par une sorte de brouhaha de couverts, de verres qui tintent, de discussions et de rires, de « pourléchage » de babines et de soupirs de satisfaction. Les cuisines sont ouvertes sur la première salle, et on hume toutes les odeurs de viandes, de sauces, de fritures et de multiples autres délices qui provoquent une vapeur et une fumée qui, étrangement, ne déplaît pas. Il y a souvent foule devant le comptoir car on peut emporter ses plats, et une queue infinie depuis la salle du fond. Les lumières blanches presque blafardes rappellent certaines cabines d’essayage, et les murs rose bonbon vif habillés d’anciennes publicités de boissons et de tango choqueraient un peu des yeux habitués au raffinement et à l’élégance, mais plaisent à ceux qui aiment les antiquités et le « typique ».

Il règne donc un étonnant mélange de chaos et de calme, ni musique pénible ni superfluité. Au Cervantes, on ne fait pas dans la dentelle. Depuis des générations, les clients se succèdent jour et nuit à ces tables aux nappes noires surannées, les yeux gourmands et la mine heureuse. Les serveurs sont dans la place depuis toujours, la mine à la fois renfrognée et paisible, avec un air qui semble dire qu’ils ont tout vu, tout entendu, tout vécu, et qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter, se dépêcher ou s’énerver. Pourtant, on n’attend jamais infiniment pour prendre la commande ou être servi. Rapides, efficaces, choisissez les carrés de tables des serveurs âgés : ils sauront bien mieux vous expliquer, conseiller et servir. Les prix sont très populaires, les plats gargantuesques : mieux vaut partager pour deux (et souvent il en reste).

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Que choisir dans cette carte qui semble ne jamais en finir ? Les plats en sauce sont assez gras (on raffole pour notre part de leur poulet à la provençale), les pommes de terre sous toutes les formes sont délicieuses, la viande très bonne (le lomo aux champignons est délicieux) et correctement cuite. Ce n’est pas de la grande gastronomie (et pourtant, leur milanesa nous a déjà fait perdre la tête), mais lorsque les cassolettes fumantes et les montagnes de frites arrivent, les yeux de tous commencent à briller. Avant le Cervantes, vous pouvez aller voir un film pour une poignée de pesos au cinéma Gaumont, à quelques cuadras, et ensuite aller manger une glace sur l’avenue Corrientes. Soirée petit budget mais qui promet beaucoup !

Cervantes
Tte. Gral. Juan Domingo Perón 1883 – Centro
Tel : 4372-5227
De lundi à samedi, de 11h à minuit
Dimanche, de midi à minuit
Prix : $

Photo : www.tripadvisor.com