Avec le FILBA 2026, se retrouver en chair et en os grâce à la littérature

LITTÉRATURE, RENCONTRE ET NOUVEAUX LECTEURS. À l’heure du tout-numérique et de l’accès immédiat aux écrivains et aux livres, Amalia Sanz, directrice de la Fondation FILBA, défend ce qu’aucun écran ne peut remplacer : la rencontre, le hasard et la conversation.


FILBA 2026 : informations pratiques

La 18e édition du Festival international de littérature de Buenos Aires se tient du 30 septembre au 4 octobre 2026 sous le thème « Hábitat ». Près d’une centaine d’auteurs argentins et étrangers, parmi lesquels Emmanuel Carrère et Claire Keegan, participent à des tables rondes, lectures, entretiens et ateliers répartis dans huit lieux de la ville.

La cérémonie d’ouverture a lieu le mercredi 30 septembre à 19 h dans l’auditorium du Malba. La plupart des activités sont gratuites et en accès libre. Certains ateliers ont un nombre de places limité et nécessitent une inscription préalable. Nous vous recommandons de consulter le programme complet et de réserver à l’avance sur le site de la Fondation FILBA.

Pour les plus jeunes, le festival Filbita-Sinfín aura lieu du 6 au 8 novembre 2026.

Avec le FILBA, habiter Buenos Aires à travers la littérature

Depuis près de deux décennies, le Festival international de littérature de Buenos Aires (FILBA) fait vivre un espace autour de la littérature qui entend dépasser le seul cadre du livre. Née en 2009, la Fondation FILBA est une organisation à but non lucratif qui se consacre à la promotion de la littérature sous toutes ses formes et à sa diffusion auprès de publics variés.

Son festival est devenu l’un de ses rendez-vous phares : écrivains, lecteurs, éditeurs et artistes s’y retrouvent autour d’échanges, de lectures, d’ateliers et d’activités qui visent à faire de la littérature une expérience partagée.

À une époque marquée par les écrans, où écrivains, livres, entretiens et conversations sont accessibles à tout moment, les festivals littéraires semblent devoir répondre à une question inévitable : que peut encore offrir la rencontre en personne ?

Pour Amalia Sanz, directrice de la Fondation FILBA, la réponse réside précisément dans ce qu’aucun écran ne peut garantir : le hasard, la conversation spontanée et ce croisement inattendu entre lecteurs et écrivains.

Amalia Sanz explique que l’une des clés du FILBA consiste à créer des situations qui ne pourraient pas forcément se produire autrement. Un café en attendant le début d’une activité, une séance de dédicaces, une conversation qui s’engage presque par hasard. Ces moments peuvent sembler anodins dans la programmation d’un festival, mais ils finissent par faire partie de l’expérience. Dans un monde où tout est accessible instantanément, la rencontre garde quelque chose d’irremplaçable.

Programmer le FILBA ne consiste pas non plus à réunir les noms que le public connaît déjà. Chaque édition repose sur un équilibre entre de nombreux paramètres : les goûts des programmateurs, les livres qu’ils ont découverts, ce qui les a intéressés pendant l’année et, bien sûr, ce qui se lit et fait parler. Mais Amalia Sanz précise que le FILBA n’est pas forcément tributaire des modes ni des meilleures ventes. L’équipe s’attache à repérer les propositions intéressantes qui émergent.

Au FILBA : un public large et varié

Los públicos diversos del FILBA se forman en distintos puntos de la ciudad. Foto: Gob. CABA
Le FILBA réunit des publics très différents dans plusieurs lieux de la ville. Photo : Gob. CABA

Il est un moment particulièrement précieux : quand un auteur qui avait jusque-là peu circulé, ou dont l’œuvre avait été peu traduite, commence à trouver de nouveaux lecteurs. « Le mieux qui puisse nous arriver, c’est qu’un auteur peu lu, ou peu traduit, commence à circuler », explique-t-elle. Quand cela se produit, selon elle, le festival a déjà en partie gagné son pari.

Le public du FILBA est large et varié. On y croise des personnes de tous âges, de toutes générations et aux parcours très divers, mais tous partagent un point commun qui peut sembler évident sans l’être tout à fait : ce sont des lecteurs. Pour Amalia Sanz, la littérature a une capacité particulière à traverser les générations et à parler aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Un livre peut rapprocher des personnes très différentes et construire entre elles un territoire commun. Cette possibilité de rencontre est aussi l’une des raisons pour lesquelles un festival littéraire garde tout son sens.

Reste une question plus difficile : qu’en est-il de ceux qui ont tout simplement le sentiment que la littérature n’est pas pour eux ? Depuis 18 ans, le FILBA s’efforce de tisser un autre rapport aux livres. Amalia Sanz évoque une littérature plus accueillante, plus proche et moins « guindée ». Une partie du défi consiste à rompre avec une certaine image que beaucoup gardent de leurs années d’école : la littérature perçue comme difficile, solennelle, obligatoire ou lointaine. Face à ces représentations, le FILBA propose d’autres portes d’entrée.

Une activité, une conversation, une discipline différente, un auteur inconnu ou même une histoire qui éveille la curiosité. Car, au fond, notre lien avec les récits fait déjà partie de notre quotidien. Nous sommes entourés d’histoires, même lorsque nous ne les considérons pas comme de la littérature. Un film, une chanson, une blague, une anecdote ou une conversation peuvent aussi ouvrir une porte vers cet univers.

Avec le FILBA, s’approcher de la littérature sans solennité ni a priori

C’est peut-être là l’un des paris les plus intéressants du FILBA : n’obliger personne à devenir lecteur, mais offrir à chacun la possibilité de s’approcher de la littérature sans solennité ni a priori. Assister à une activité, écouter une conversation, découvrir un nom inconnu et se laisser surprendre.

Alors que tout semble pouvoir se passer derrière un écran, le FILBA propose quelque chose de plus simple et, pour cette raison même, difficile à remplacer : être là. Partager un espace, rencontrer d’autres lecteurs, entendre un auteur de vive voix et constater qu’une histoire peut susciter un échange imprévu. Aller au FILBA, c’est peut-être justement cela : s’ouvrir un peu l’esprit, se laisser porter par la curiosité et découvrir que la littérature peut être bien plus proche qu’on ne l’imaginait.

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