Littérature argentine (2/2), les indispensables

La littérature argentine est riche et puissante. Elle n’a pas peut-être pas l’ancienneté de certaines qui remontent à l’époque coloniale mais elle a donné au monde, surtout au vingtième siècle, quelques auteurs de haut calibre tout en nourrissant la langue espagnole avec plusieurs opus d’une beauté rare. La preuve avec onze auteurs qui nous semblent indispensables et que nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir.

Jorge Luis Borges (Buenos Aires, 1899-Genève,1986)

Je peux te donner ma solitude, mes ténèbres, la faim de mon cœur ; j’essaie de te corrompre avec l’incertitude, avec le danger, avec la défaite.

L’auteur argentin le plus connu et acclamé dans le monde. Il est apparu sur la scène littéraire comme un avant-gardiste. Il a écrit des poésies, des contes et des essais. Avant d’entrer dans l’histoire grâce à ses traits d’esprits et contes philosophiques.

Œuvres principales Fictions, L’Aleph, Eloge de l’ombre, L’Or des tigres.

Julio Cortazar (Ixelles, 1914-Paris, 1984)

Comme si l’amour te laissait le choix, comme si ce n’était pas un rayon qui te brise les os et te laisse gisant au milieu du patio

A la fois érudit et familier, il a développé un langage mordant et tendre. Il a participé au boom latino-américain avec son roman Marelle dont certains chapitres sont facultatifs. Il a également été l’un des maîtres du conte.

Œuvres principales Marelle, Cronopes et Fameux, “La nuit face au ciel”.

Ernesto Sábato (Rojas, 191-Santos Lugares, 2011)

(…) quoi qu’il en soit, il y avait un seul tunnel, sombre et solitaire : le mien

Il a été écrivain, penseur, essayiste, peintre et a eu un rôle important à la Conadep, pour enquêter sur les violations faites aux droits de l’homme après la dictature.

Œuvres principales : Le Tunnel, Héros et Tombes.

Alejandra Pizarnik (Avellaneda, 1936-Buenos Aires, 1972)

Maintenant/en cette heure innocente/moi et celle que je fus nous nous asseyons/au seuil de mon regard

Poète devant l’Eternel, elle a exploré les possibilités du langage et nous a laissé de très brefs poèmes qui brûlent comme la lumière du soleil, et des poèmes en prose plus longs qui se succèdent dans une sorte de labyrinthe de visions. Elle a aussi écrit des journaux, une aventure merveilleuse mais qui fait parfois froid dans le dos.

Œuvres principales Arbre de Diane, Extraction de la pierre de folie, L’Enfer musical et Journaux.

Les sœurs Ocampo : Victoria (Buenos Aires,1890-Beccar,1979) et Silvina (Buenos Aires,1903-Buenos Aires,1993)

V.O.: Une partie de moi semblait se détacher de moi-même et faire de moi une étrangère, suspecte ; une distance était un train de naître entre nous.

S.O: Pourquoi je ne dormirai pas ?/Parce que dans l’obscurité/il y a des armées omniprésentes/qui viennent de mon enfance

L’aînée et la cadette d’une des grandes familles aristocratiques du pays. Chacune a développé son propre style et sa propre vocation. Victoria s’est consacrée au mécénat, elle a créé la célèbre revue Sur et a été un témoin éclairé de son époque. De son côté, Silvina s’est dédiée à la littérature fantastique, à la poésie, pour nous laisser une œuvre où coexistent la beauté et l’horreur.

Œuvres principales

Victoria Ocampo : Autobiographie I à VI et Témoignages I à X.

Silvina Ocampo : Cornelia face au miroirAutobiographie d’Irène.

Horacio Quiroga (Salto, 1878-Buenos Aires, 1937)

Sa lune de miel fut un long frisson. Blonde, angélique et timide, le dur caractère de son mari glaça ses rêves et enfantillages de fiancée.

Bien qu’Uruguayen de naissance, Horacio Quiroga est généralement inclus dans la littérature argentine. L’homme a eu une vie tragique. Il a été l’auteur de contes célèbres, il a vécu à Misiones, ce qui a énormément influencé sa prose.

Œuvres principales Contes d’amour, de folie et de mortContes de la forêt vierge, “El almohadón de plumas”-un excellent conte de terreur-.

Juan Gelman (Buenos Aires, 1930-México D.F., 2014)

qué lindos tus ojos/ y más la mirada de tus ojos/ y más el aire de tus ojos cuando lejos miras/ en el aire estuve buscando

Il a été journaliste, traducteur, militant politique et poète. Il a construit une langue poétique qui est à la fois critique sociale, tendresse et exploration du langage. Il a écrit un livre en séfarade, la langue des Juifs qui ressemble à l’espagnol : Dibaxu.

Œuvres principales Violín y otras cuestiones, Dibaxu.

Roberto Arlt (Buenos Aires,1900-Buenos Aires 1942)

Alors je rêvais d’être un bandit et d’étrangler des maires libidineux ; je réparais les torts, protégeais les veuves et étais aimé de singulières donzelles.

Il a été conteur, journaliste, romancier, dramaturge et même inventeur. Sa prose était naturaliste. Il a décrit les bas-fonds de Buenos Aires, qui poussaient à vue d’œil grâce à l’immigration, et sa décadence morale.

Œuvres principales Le jouet enragé, Les Sept fous.

Ricardo Piglia (Adrogué, 1941-Buenos Aires, 2017)

Toutes les histoires du monde se tissent avec la trame de notre propre vie.

Il a été romancier et critique littéraire. Il a tenu son journal pendant plus de cinquante ans avant d’en faire un projet monumental : Los diarios de Emilio Renzi, son alter-égo.

Œuvres principales Respiration artificielle, Cible nocturne.

Manuel Puig (General Villegas, 1932-Cuernavaca 1990)

Devant le miroir où elle se regarde, après avoir appliqué du rouge à lèvres et du fond de teint, elle ramène ses cheveux vers le haut pour tenter de recréer une coiffure en vogue quelques années plus tôt.

Il aimait le cinéma et les stars d’Hollywood. Ses livres se nourrissent de culture populaire et son œuvre est éminemment cinématographique. Avec une prédominance des dialogues et des descriptions, ce qui lui a valu jadis d’être accusé de ne pas avoir de style.

Œuvres principales Le plus beau tango du monde, La trahison de Rita Hayworth, Le baiser de la femme-araignée.

Photo : tous droits réservés à Sara Facio et remerciements spéciaux à la revue Periscopio, le journal El País, Libertad Digital et l’Encyclopédie Britannica.