Amentia, le théatre dépouillé de Marcelo Subiotto

SPECTACLE TERMINÉ

Il y a des fois où le théâtre n’est que lumière de projecteurs, presse, mondanités, flashs, artifices. Les réflexions intellectuelles en résultent si tordues qu’elles finissent par être sourdes et aveugles, et la chaîne de transmission s’emmêle, se coupe et s’ effiloche. Pures paillettes parfois, les salles pleines qui applaudissent exagérément, les rires extravagants et les mensonges de la société du spectacle.

Ce samedi, je suis allé à la représentation de Amentia avec l’envie, cette fois-ci, de m’immerger de manière positive et de pouvoir y dédier quelques mots, une recommandation. Cela n’arrive pas toujours, d’aller au théâtre et que la magie apparaisse, qui fait la différence et donne une existence spéciale à ce qui se passe sur scène, en ouvrant un espace parallèle éloigné du réel.

On entre deux par deux en passant derrière les panneaux d’un décor en bois nu, comme si on marchait dans les coulisses d’un studio de cinéma. De l’autre côté, une ouverture fait office de porte et une jeune femme souriante nous souhaite la bienvenue. Sur la scène sont disposées quatre chaises, une petite table et un appareil audio. Sur les chaises, quatre femmes assises, semblent attendre quelque chose.  L’une d’entre elle est occupée avec l’objet et nous tourne le dos. Elles sont habillées en jeans ou en tenues d’intérieur, et l’une d’entre elles a les cheveux mouillés, comme si elle sortait de la douche. Tout ca nous donne la sensation d’avoir fait irruption dans la maison d’étrangères qui nous reçoivent sans avoir eu le temps de se préparer. Elles n’ont pas encore décidé quoi faire, ou comment diriger cette rencontre, mais elles sont là, sous les projecteurs, et devront bien dire quelque chose. Nous sommes assis dans la pénombre, les regardons, les écoutons raconter cette situation qui n’en devient que plus intime, comme une rencontre au hasard, même artificielle.

L’histoire, bien que confuse, se construit au travers des mots prononcés par ces corps, et je dis corps et non bouches parce que c’est la sensation que nous donnent ces animaux de théâtre, chez qui les yeux brillent à chaque émotion vécue. Ces animaux ont une caisse de résonance à la place des poumons qui donne au son, à chaque ouverture de bouche, le timbre d’un vieil accordéon, fait du souffle le plus profond et le plus généreux, même dans le murmure.

La pièce nous raconte des lunatiques accrochées a une histoire de passion totale entre elles et la lune. Une histoire de femmes-loup, d’un genre sans prétention échappant aux conventions, et qui grâce à cela se remplit d’une magie subtile et éphémère: la simplicité. La reconstruction d’une absence, un hurlement qui termine en chanson, éclairée par la lune.

Amentia, de Marcelo Subiotto

Teatro Puerta Roja

Lavalle 3636 – Almagro

Les samedis à 22h30, entrée $40

http://puerta-roja.blogspot.com/

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