{"id":156077,"date":"2026-02-18T11:11:37","date_gmt":"2026-02-18T14:11:37","guid":{"rendered":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/?p=156077"},"modified":"2026-03-27T11:20:58","modified_gmt":"2026-03-27T14:20:58","slug":"larevue4-narda-lepes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/larevue4-narda-lepes\/","title":{"rendered":"Le monde de Narda"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em><span style=\"font-weight: 400;\">Ses recettes pour transformer les courses, la cuisine du quotidien et la bistronomie raffin\u00e9e en un seul univers fantastique du \u00ab\u00a0bien manger\u00a0\u00bb. Portrait de la chef argentine <strong>Narda Lepes<\/strong>.<\/span><\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La m\u00e9moire la replace dans la maison de sa m\u00e8re, le point de vue enfantin au ras du plan de travail et le vertige d&rsquo;accomplir un geste aussi secret qu&rsquo;audacieux : attraper de la viande crue, l&rsquo;appuyer contre le tuyau br\u00fblant de la gazini\u00e8re, puis la passer dans le sel avant de la manger. Une attirance pr\u00e9coce pour le contact et la manipulation des aliments qui, sans qu&rsquo;elle le sache encore, l&rsquo;accompagnerait toute sa vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Narda Lepes est, \u00e0 53 ans, l&rsquo;une des cuisini\u00e8res les plus reconnues d&rsquo;Argentine : dot\u00e9e d&rsquo;un charisme et d&rsquo;un caract\u00e8re qui emportent tout sur leur passage, elle a conquis le grand public par la t\u00e9l\u00e9, toujours port\u00e9e par une expertise culinaire que refl\u00e8tent ses nombreux restaurants et projets. Il est 10 heures du matin un jour de semaine et au Narda Comedor, l&rsquo;un de ses \u00e9tablissements phares situ\u00e9 dans le quartier de N\u00fa\u00f1ez, tout tourne d\u00e9j\u00e0 \u00e0 plein r\u00e9gime. Il y a de la lumi\u00e8re, du mouvement, une grande cuisine \u00e0 vue, un coin rempli de livres et de plantes, des gens attabl\u00e9s. Depuis un angle, presque camoufl\u00e9e derri\u00e8re une colonne, Narda revient sur ses d\u00e9buts, sans pour autant cesser de regarder autour d&rsquo;elle : elle garde un \u0153il sur tout. \u00c0 rebours des influenceurs culinaires qui envahissent les r\u00e9seaux avec des monologues divertissants et des d\u00e9gustations sponsoris\u00e9es, Narda cultive un asc\u00e9tisme presque oriental. Son ton est mesur\u00e9 ; elle va droit au but. M\u00eame si elle ne sourit pas tout le temps, elle regarde dans les yeux ; donne l&rsquo;impression de peser chaque r\u00e9ponse. Plus tard, elle se permettra de recommander un podcast f\u00e9ministe \u00e0 \u00e9couter en voiture, glissera quelques anecdotes sur sa fille Leia, d\u00e9j\u00e0 adolescente, et ne verra aucun inconv\u00e9nient \u00e0 poser pour la cam\u00e9ra tout pr\u00e8s des toilettes parce que c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il y a la meilleure lumi\u00e8re. Mais pour \u00e7a, il faudra attendre que la confiance soit install\u00e9e. Pour l&rsquo;instant, l&rsquo;entretien commence par un flashback \u00e0 la recherche des origines de sa relation avec la nourriture.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Venezuela, Buenos Aires, Paris<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Elle a v\u00e9cu au Venezuela de deux \u00e0 sept ans : une enfance marqu\u00e9e par des saveurs peu conventionnelles qu&rsquo;introduisait sa m\u00e8re, une Argentine qui, d\u00e9j\u00e0 s\u00e9par\u00e9e de son p\u00e8re, avait quitt\u00e9 Buenos Aires \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la dictature. Une fois \u00e0 Caracas, le quotidien l&rsquo;amena \u00e0 combiner \u00e9l\u00e9ments v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens et argentins dans des plats singuliers avec lesquels Narda grandit, comme de petites arepas frites, de la taille d&rsquo;un biscuit, accompagn\u00e9es de dulce de leche. \u00c0 ce m\u00e9lange culturel s&rsquo;ajoutait une adh\u00e9sion aux courants alimentaires alternatifs, du macrobiotique \u00e0 l&rsquo;ayurv\u00e9dique (m\u00e9decine traditionnelle indienne), en passant par bien d&rsquo;autres. Des mots comme \u00ab germe de bl\u00e9 \u00bb, cauchemar d&rsquo;enfant dans la plupart des cas, \u00e9taient monnaie courante pour la petite Lepes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">De retour en Argentine, son univers gastronomique s&rsquo;\u00e9largit et se diversifia : elle commen\u00e7a \u00e0 fr\u00e9quenter sa famille paternelle, qu&rsquo;elle connaissait \u00e0 peine jusqu&rsquo;alors, et la nourriture fut une porte d&rsquo;entr\u00e9e inesp\u00e9r\u00e9e. Narda d\u00e9couvrit que son p\u00e8re cuisinait avec des ingr\u00e9dients totalement nouveaux pour elle, comme les c\u00e2pres, la moutarde de Dijon et le jambon cru \u2014 l&rsquo;univers de l&rsquo;ap\u00e9ritif au vermouth. Elle se mit \u00e0 aller au march\u00e9 avec sa grand-m\u00e8re et apprit \u00e0 observer l&rsquo;ordre des boutiques : d&rsquo;abord les magasins di\u00e9t\u00e9tiques, ensuite les marchands de l\u00e9gumes, enfin les bouchers. \u00ab L&rsquo;image des comptoirs en marbre et l&rsquo;exposition des langues de vache est un souvenir puissant qui m&rsquo;est rest\u00e9 grav\u00e9, sans avoir besoin de photos \u00bb, assure-t-elle aujourd&rsquo;hui.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">C&rsquo;est peut-\u00eatre tout cela qui fit qu&rsquo;au sortir du lyc\u00e9e, elle pr\u00e9f\u00e9ra s&rsquo;\u00e9carter des voies toutes trac\u00e9es et se tourna vers l&rsquo;univers de la cuisine. Elle travailla d&rsquo;abord en ind\u00e9pendante comme cuisini\u00e8re \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Presidente de Buenos Aires, puis prit un avion pour le Vieux Continent, o\u00f9 les stages allait s&rsquo;encha\u00eener. \u00ab Quand j&rsquo;ai termin\u00e9 le lyc\u00e9e, mon p\u00e8re nous a offert, \u00e0 mes fr\u00e8res et \u00e0 moi, un billet d&rsquo;avion pour l&rsquo;endroit de notre choix : j&rsquo;ai choisi Paris et je suis partie pour un an \u00bb, raconte-t-elle.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Baguettes chinoises<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">C&rsquo;\u00e9tait une autre \u00e9poque : seule femme dans des environnements denses et stressants comme la cuisine d&rsquo;un restaurant, ses coll\u00e8gues lui faisaient des blagues \u00e0 double sens en fran\u00e7ais parce qu&rsquo;elle ne ma\u00eetrisait pas bien la langue. Et des plaisanteries plus lourdes aussi, comme l&rsquo;enfermer dans la chambre froide. Malgr\u00e9 tout, Narda continua, la t\u00eate haute, fit ses preuves et, comme dans les fables \u00e0 happy end, finit par assumer la responsabilit\u00e9 compl\u00e8te d&rsquo;une section \u2014 une \u00ab plaza \u00bb \u2014 dans la cuisine. \u00ab Ils ont essay\u00e9 plusieurs personnes. D&rsquo;abord un Am\u00e9ricain ; ensuite un autre dont je ne me rappelle plus son origine ; puis un Japonais et enfin, ils m&rsquo;ont donn\u00e9 une chance \u00bb, se souvient-elle avec un sourire, en \u00e9voquant ce poste qui fut le tremplin qui lui ouvrit de nouvelles portes \u00e0 Paris.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Son profil de leader d&rsquo;\u00e9quipe, depuis lors, est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui de ces anciens coll\u00e8gues. Tom\u00e1s Pietragallo, actuel chef de cuisine au Narda Comedor, est l&rsquo;un de ceux qui soulignent sa proximit\u00e9 : \u00ab Une relation pour la vie, si on sait entretenir le lien \u00bb, dit-il. Lors de l&rsquo;une de leurs premi\u00e8res rencontres, se souvient \u00ab Pietra \u00bb (comme on l&rsquo;appelle affectueusement), Narda lui avait donn\u00e9 rendez-vous dans un restaurant chinois de la communaut\u00e9, de ceux o\u00f9 l&rsquo;on mange de fa\u00e7on \u00ab authentique \u00bb, loin des m\u00e9dias et des enseignes lumineuses. Bien s\u00fbr, en contrepartie, il fallait accepter certains risques\u2026 \u00ab On \u00e9tait Narda, un autre jeune cuisinier et moi. Je me souviens qu&rsquo;on est entr\u00e9s et il y avait plusieurs Chinois qui fumaient, presque personne ne parlait espagnol, une ambiance tr\u00e8s particuli\u00e8re. On \u00e9tait en train de manger et de discuter quand deux personnes commenc\u00e8rent \u00e0 se disputer de table \u00e0 table. J&rsquo;avais senti que quelque chose allait se passer, mais on ne m&rsquo;avait pas vraiment \u00e9cout\u00e9, jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 l&rsquo;un des types a donn\u00e9 un coup de pied et le chaos s&rsquo;est d\u00e9cha\u00een\u00e9. Des chaises, des tables volaient, tout le monde se levait ; moi je me suis retrouv\u00e9 avec le b\u00e9b\u00e9 de la famille chinoise propri\u00e9taire du restaurant dans les bras \u00bb, rigole Pietra. Le plus dr\u00f4le, ajoute-t-il, c&rsquo;est qu&rsquo;en sortant dans la rue le commentaire de Narda fut aussi bref que juste : \u00ab Heureusement qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de couteaux, seulement des baguettes. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab C&rsquo;est la position qu&rsquo;elle choisit d&rsquo;occuper et \u00e0 partir de laquelle elle construit, malgr\u00e9 ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente. Elle est toujours entour\u00e9e de jeunes ; elle adore la nourriture et ne la regarde pas d&rsquo;un \u0153il condescendant : on va partout, on mange de partout. Narda est quelqu&rsquo;un qui a la souplesse et la t\u00eate pour \u00eatre avec n&rsquo;importe qui tout en restant elle-m\u00eame \u00bb, assure Tom\u00e1s.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Communicatrice de la gastronomie<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">De retour \u00e0 Buenos Aires, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90, Narda cr\u00e9a Club Zen et Ono San, deux restaurants qui marqu\u00e8rent une \u00e9poque mais qui ferm\u00e8rent relativement vite, en partie par manque d&rsquo;exp\u00e9rience et en partie \u00e0 cause de la crise argentine de 2001. Peu avant, en 1999, elle avait d\u00e9j\u00e0 fait ses d\u00e9buts sur la cha\u00eene El Gourmet, qui s&rsquo;invitait dans les foyers argentins avec l&rsquo;objectif de bousculer les conceptions classiques des \u00e9missions de cuisine. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait de montrer une sc\u00e8ne culinaire alternative avec une touche de modernit\u00e9. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;une jeune femme fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9e de Paris, avec un grand bagage culinaire et un savoir-faire musical qu&rsquo;elle ne se privait pas de partager (anecdote : le p\u00e8re de Narda fut le propri\u00e9taire de la mythique bo\u00eete de nuit Paladium), attira imm\u00e9diatement l&rsquo;attention. La fa\u00e7on dont elle int\u00e9gra la cha\u00eene, d&rsquo;ailleurs, en dit long sur sa personnalit\u00e9 : directe, sans fioritures, elle parle comme elle cuisine : sans fioritures. C&rsquo;\u00e9tait en 1999 quand elle se pr\u00e9senta \u00e0 un casting de cuisiniers. Face \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ingr\u00e9dients, on lui demanda de pr\u00e9parer un sandwich. Elle ne pensa pas \u00e0 quelque chose de pr\u00e9tentieux mais fit appel \u00e0 ses go\u00fbts personnels : elle le pr\u00e9para avec du pain \u00e0 l&rsquo;ail et \u00e0 l&rsquo;huile, de la tomate frott\u00e9e et des lani\u00e8res de jambon cru. Et une fois termin\u00e9, elle le mangea. Inutile de pr\u00e9ciser qu&rsquo;elle s\u00e9duisit les producteurs : ils la recrut\u00e8rent sur-le-champ.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Quand Util\u00edsima l&rsquo;appela plus tard pour qu&rsquo;elle r\u00e9alise les recettes de la mythique Do\u00f1a Petrona, cette femme qui \u00e9duqua gastronomiquement des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res de m\u00e8res et de grand-m\u00e8res, elle n&rsquo;h\u00e9sita pas. Pour Narda, dialoguer avec les femmes au foyer \u00e9tait une victoire : elle cesserait de s&rsquo;adresser au public qui voulait seulement \u00ab manger bon et branch\u00e9 \u00bb, pour interpeller celles qui cuisinaient au quotidien et qui, pour cette raison, avaient un solide socle de connaissance. \u00ab Pour moi, Util\u00edsima \u00e9tait une cha\u00eene qui repr\u00e9sentait le \u00ab\u00a0pouvoir d&rsquo;achat\u00a0\u00bb et \u00e7a me permettait d&rsquo;influencer la fa\u00e7on dont les gens mangeaient. C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 glisser des recettes avec beaucoup de l\u00e9gumes, mais sans le dire, sans faire la le\u00e7on \u00bb, assure Lepes. Les pr\u00e9mices de ce qui deviendra l&rsquo;un de ses grands combats.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Influence r\u00e9gionale<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab Elle occupe une place dans l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me gastronomique, mais pas seulement argentin \u2014 hispanophone. Sur le continent latino-am\u00e9ricain, il doit y avoir peu de cuisini\u00e8res qui aient eu une influence aussi importante sur la fa\u00e7on de cuisiner des gens ; pas des cuisiniers professionnels, mais des personnes qui cuisinent chez eux. Elle a r\u00e9ussi \u00e0 changer la fa\u00e7on de faire les courses, de cuisiner, de penser le menu de la semaine, \u00e0 Bogot\u00e1, \u00e0 Mexico, \u00e0 Quito, \u00e0 Asunci\u00f3n ou \u00e0 Buenos Aires. Elle et [le chef p\u00e9ruvien] Gast\u00f3n Acurio sont les communicants de la gastronomie hispanophone les plus importants du continent. Quand elle parle, les gens l&rsquo;\u00e9coutent \u00bb, commente Mariano Ram\u00f3n, cuisinier \u00e0 la t\u00eate de Gran Dabbang (r\u00e9compens\u00e9 dans des classements comme le Latin America&rsquo;s 50 Best Restaurants), qui conna\u00eet Narda depuis les d\u00e9buts de sa carri\u00e8re, \u00e0 19 ans. \u00ab Narda est un tout, une fois qu&rsquo;on entre dans son monde il n&rsquo;y a plus de fronti\u00e8re entre le travail et la vie. Elle ne pense pas seulement \u00e0 la gastronomie, elle pense \u00e0 l&rsquo;alimentation, aux tendances, \u00e0 l&rsquo;innovation, \u00e0 la technologie. Sa t\u00eate embrasse beaucoup de choses. Pour moi, gamin, la conna\u00eetre a \u00e9t\u00e9 super stimulant. L&rsquo;une de ses grandes caract\u00e9ristiques, c&rsquo;est qu&rsquo;elle est g\u00e9n\u00e9reuse et qu&rsquo;elle passe son temps \u00e0 monter des \u00e9quipes, des projets, des id\u00e9es \u00bb, assure Ram\u00f3n.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">De son c\u00f4t\u00e9, pendant qu&rsquo;elle \u00e9tait encore \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, Narda collaborait dans plusieurs m\u00e9dias et assurait les caterings pour des musiciens comme Oasis, REM, Beck, Neil Young, Red Hot Chili Peppers, Aerosmith, Ozzy Osbourne, Santana, Robbie Williams et The Doors, lors de leurs passages dans le pays. \u00ab Aux concerts, on montait un stand de vente au public avec un menu sain. On voulait que les gens aient la possibilit\u00e9 de manger une banane, une pomme ou un plat \u00e9labor\u00e9, pas seulement une saucisse ou un chorip\u00e1n \u00bb, raconta la cuisini\u00e8re, fid\u00e8le \u00e0 une croisade qui se prolongea ensuite dans des livres : en 2007 elle publia Comer y pasarla bien, puis Qu\u00e9, c\u00f3mo, d\u00f3nde. Gu\u00eda de compras, o\u00f9 elle chercha \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 toutes les questions que les gens lui posaient en la croisant au march\u00e9 ou dans la rue.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>Cheffe d&rsquo;entreprise, cuisini\u00e8re solidaire<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Suivit \u00d1am \u00d1am, pour diversifier et rendre saine et ludique l&rsquo;alimentation infantile, puis une professionnalisation admirable qui l&rsquo;amena \u00e0 diriger aujourd&rsquo;hui deux restaurants \u00e0 succ\u00e8s (Narda Comedor et Kona Corner) et une sorte de \u00ab cabinet de conseil gastronomique \u00bb d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent conf\u00e9rences, conseils, alliances et projets.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 tous ces engagements il faut ajouter le travail r\u00e9alis\u00e9 ad honorem pour l&rsquo;Asociaci\u00f3n de cocineros y empresarios ligados a la gastronom\u00eda argentina (Acelga \u2014 Association des cuisiniers et entrepreneurs li\u00e9s \u00e0 la gastronomie argentine), un regroupement de professionnels engag\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre des valeurs communes, comme la consommation de produits locaux et de saison, en diffusant leur origine et leur calendrier. Car en Narda Lepes coexistent la cheffe d&rsquo;entreprise gastronomique et la cuisini\u00e8re solidaire qui tisse des liens entre coll\u00e8gues ; la gestionnaire de projets et la femme d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 porter \u00e0 tous les niveaux ce qui ressemble fort \u00e0 une mission : apprendre aux gens \u00e0 bien manger.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Dans ce sens, lors des diff\u00e9rentes \u00e9ditions de la grande foire gastronomique Masticar qui se sont tenues \u00e0 Buenos Aires, elle s&rsquo;est \u00e9galement charg\u00e9e d&rsquo;aider les producteurs r\u00e9gionaux \u00e0 toucher aussi bien les cuisiniers que les convives, en surmontant les distances g\u00e9ographiques et le manque d&rsquo;information. \u00ab O\u00f9 que je sois, je ne vais pas parler de sant\u00e9, ce n&rsquo;est pas ma place : je te parle de ce que je pense qu&rsquo;on devrait manger davantage, comme les l\u00e9gumes, pour plein de raisons : pour nous, pour la biodiversit\u00e9, pour la fa\u00e7on dont est g\u00e9r\u00e9e la production. Ne mange pas ce qu&rsquo;on te donne, va le chercher, parce que tu ne manges pas ce qui est le mieux pour toi, mais ce qui arrange quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre \u00bb, argumente Narda.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Ce message, qui avait commenc\u00e9 de fa\u00e7on subtile, avec le temps s&rsquo;est affirm\u00e9 et approfondi. Malgr\u00e9 tout, la cuisini\u00e8re assure qu&rsquo;il ne lui est pas \u00ab confortable \u00bb de dire qu&rsquo;elle influence les gens, et qu&rsquo;elle n&rsquo;assume le terme que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de quelque chose qu&rsquo;elle fait \u00ab intentionnellement \u00bb, comme sa d\u00e9fense de la Ley del Etiquetado Frontal (qui, \u00e0 grands traits, r\u00e9v\u00e8le la composition des aliments) qui finit par s&rsquo;appliquer dans tout le pays.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Mille Nardas, un seul objectif. Tel un cam\u00e9l\u00e9on, la cuisini\u00e8re s&rsquo;adapte \u00e0 son public pour que chacun re\u00e7oive le message qui lui correspond. \u00ab En d\u00e9finitive, je partage une id\u00e9e et je la fais varier en fonction de mes interlocuteurs. Ce que je te dis \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 n&rsquo;est pas la m\u00eame chose que ce que je te dis dans un livre ou si je t&rsquo;ai en face de moi dans un auditorium, mais l&rsquo;objectif sera toujours le m\u00eame : te donner de l&rsquo;information, pour que tu puisses choisir quoi manger et comment \u00bb, conclut-elle.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ses recettes pour transformer les courses, la cuisine du quotidien et la bistronomie raffin\u00e9e en un seul univers fantastique du \u00ab\u00a0bien manger\u00a0\u00bb. Portrait de la chef argentine Narda Lepes. 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