{"id":156065,"date":"2026-02-18T10:22:46","date_gmt":"2026-02-18T13:22:46","guid":{"rendered":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/?p=156065"},"modified":"2026-03-27T11:21:29","modified_gmt":"2026-03-27T14:21:29","slug":"larevue4-antonio-segui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/larevue4-antonio-segui\/","title":{"rendered":"Quand je serai grand, je serai comme Segu\u00ed"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em><strong>Antonio Segu\u00ed<\/strong>, le grand peintre cordob\u00e9s nous a quitt\u00e9s, en 2022, laissant derri\u00e8re lui une \u0153uvre prolifique o\u00f9 humour et po\u00e9sie d\u00e9fient tous les styles pr\u00e9\u00e9tablis. Au cours d\u2019une existence \u00e0 cheval entre la France et l\u2019Argentine, Segu\u00ed a crois\u00e9 la route de Pablo Neruda, Mercedes Sosa, Astor Piazzolla, Juan Domingo Per\u00f3n, Ra\u00fal Alfons\u00edn\u2026 Et de votre reporter de service. Souvenirs.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">J\u2019ai connu Antonio Segu\u00ed il y a plus de vingt-cinq ans. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, je ne savais rien du personnage. C\u2019\u00e9tait la fin des ann\u00e9es 90. J\u2019\u00e9tais au lyc\u00e9e. Le mercredi apr\u00e8s-midi ou le week-end, je prenais mes rollers et je franchissais les boulevards ext\u00e9rieurs parisiens pour rejoindre ma cousine \u00e0 Arcueil. Elle me faisait un chocolat chaud et on parlait du dernier disque de NTM ou des m\u00e9thodes d\u2019entra\u00eenement de Bruce Lee.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Elle habitait \u00e0 quelques m\u00e8tres de la maison de Segu\u00ed, un h\u00f4tel particulier ayant appartenu au c\u00e9l\u00e8bre chimiste et r\u00e9publicain du XIXe si\u00e8cle, Fran\u00e7ois-Vincent Raspail. \u00ab\u00a0Victor Hugo y passait tr\u00e8s souvent\u00a0\u00bb, aurait pr\u00e9cis\u00e9 le peintre, pas m\u00e9content de pouvoir citer cet auguste pr\u00e9d\u00e9cesseur. Et cet autre\u00a0: \u00ab\u00a0Pour moi Arcueil, c\u2019\u00e9tait la musique d\u2019Erik Satie, pour qui j\u2019avais une \u00e9norme admiration et qui vivait \u00e0 200 m\u00e8tres de l\u2019atelier.\u00a0\u00bb Ma cousine avait sonn\u00e9 une premi\u00e8re fois \u00e0 sa porte en croyant qu\u2019elle se rendait \u00e0 la Mairie. Des passants l\u2019avaient ensuite prise pour May, la fille de l\u2019artiste argentin. Les deux jeunes femmes avaient fini par se rencontrer et sympathiser sur un bout de trottoir. Antonio aussi avait sympathis\u00e9. Il tenait le bull-terrier de ma cousine en haute estime. \u00ab\u00a0\u00c0 chaque fois qu\u2019il me voyait passer avec Mona, il \u00e9tait content et venait discuter. Il avait eu lui aussi un bull-terrier, qu\u2019il avait d\u00fb faire euthanasier parce qu\u2019il avait d\u00e9vor\u00e9 un caniche sur une terrasse du quartier latin\u00a0\u00bb, se souvient Camille Moulonguet, productrice de cin\u00e9 et cousine de l\u2019auteur. Segu\u00ed avait un sens du d\u00e9tail stup\u00e9fiant. \u00ab\u00a0Tout \u00e0 coup, le caniche a disparu et l\u2019une de ses pattes d\u00e9passait de la gueule du chien\u00a0\u00bb, pr\u00e9cisait-il \u00e0 chaque fois qu\u2019il \u00e9voquait cette histoire.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Cours de philo, statuettes africaines, asado<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Quelque temps plus tard, ma cousine emm\u00e9nageait chez les Segu\u00ed. Elle ne payait pas de loyer mais dispensait des cours de philo \u00e0 la fille de l\u2019artiste qui repassait son Bac en candidat libre. J\u2019y assistais. Un jour, le ma\u00eetre des lieux m\u2019avait fait descendre \u00e0 la cave, o\u00f9 s\u00e9journaient celles qu\u2019il appelait ses <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">gorditas\u00a0<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">: des urnes fun\u00e9raires pr\u00e9colombiennes du R\u00edo Magdalena. D\u2019un naturel peureux, j\u2019avais trouv\u00e9 cette visite terrifiante. \u00ab\u00a0Moi, j\u2019\u00e9tais habitu\u00e9e et je sentais qu\u2019elles avaient un bon esprit, de l\u2019humour, avec des d\u00e9tails qui illustraient la personne qui \u00e9tait dans l\u2019urne\u00a0\u00bb, pond\u00e8re May Segu\u00ed. Les cours de philosophie se d\u00e9roulaient \u00e0 l\u2019\u00e9tage, sous l\u2019\u0153il d\u2019un nombre incalculable de masques et statuettes africaines. \u00ab\u00a0Petit \u00e0 petit, la collection a occup\u00e9 toute la maison, sans que nous nous en rendions compte\u00a0\u00bb, explique son \u00e9pouse, la curatrice Clelia Taricco. \u00ab\u00a0Lorsque je m\u2019attache \u00e0 un objet, je n\u2019imagine pas qu\u2019il puisse rester seul\u2026 Je m\u2019arr\u00eate quand il n\u2019y a plus de place\u00a0\u00bb, avouait le peintre. L\u00e0 encore, la collection avait laiss\u00e9 une profonde empreinte sur mon esprit adolescent. Segu\u00ed ne se contentait pas d\u2019accumuler, il cr\u00e9ait des mises en sc\u00e8ne dans lesquelles ses cr\u00e9atures prenaient vie.\u00a0 <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0Il leur consacrait du temps. Quand il \u00e9tait l\u00e0, tout \u00e9tait \u00e0 sa place, tout \u00e9tait calme. Quand il partait, j\u2019avais l\u2019impression que les statuettes \u00e9taient inqui\u00e8tes et devenaient folles\u00a0\u00bb, rembobine Camille Moulonguet.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Combien de fois peut-on se rendre chez Segu\u00ed avant qu\u2019il ne vous invite \u00e0 d\u00e9guster un asado ou une gigantesque paella ? De m\u00e9moire, pas tant que \u00e7a. Un jour, l\u2019invitation \u00e9tait tomb\u00e9e, tout simplement. \u00ab\u00a0Ce sera dans l\u2019atelier\u00a0\u00bb, avait pr\u00e9cis\u00e9 ma cousine. Dans l\u2019atelier\u00a0? Sur le moment, j\u2019avais trouv\u00e9 \u00e7a parfaitement normal. Pour moi, Antonio n\u2019\u00e9tait pas un grand artiste. C\u2019\u00e9tait le <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">cordob\u00e9s<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> d\u2019Arcueil, un gars sympathique qui clopait sec, si bien qu\u2019un bout de sa moustache avait pris la couleur du tabac, racontait des blagues potaches et dont le rire communicatif r\u00e9sonne encore \u00e0 mes oreilles. \u00ab\u00a0Il avait quelque chose de sp\u00e9cial. Une lumi\u00e8re. Personne n\u2019\u00e9tait indiff\u00e9rent. Personne ne pouvait penser que c\u2019\u00e9tait un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">boludo<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> ou un type antipathique. Il avait vraiment du charme\u00a0\u00bb, confirme Carlos Abboud, un ami du peintre et de l\u2019auteur, rencontr\u00e9 dans ce m\u00eame atelier (voir La montagne magique de Carlos Abboud dans La Revue n\u00b03).\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>R\u00e9veil \u00e0 6 h, caf\u00e9, La Voz del Interior<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Imagine-t-on Picasso pr\u00e9parer des tapas pour ses invit\u00e9s sous le regard lubrique de ses Demoiselles d\u2019Avignon\u00a0? L\u2019atelier \u00e9tait avant tout un lieu de vie. Une ouverture sur une verte pelouse. Une longue table en bois, recouverte de papiers. Un foyer qui r\u00e9chauffe l\u2019atmosph\u00e8re et abrite une parrilla. Une calebasse de mat\u00e9 avec sa bo\u00eete rectangulaire d\u2019un kilo de Tarag\u00fci. Des m\u00e9gots \u00e9parpill\u00e9s. La radio en boucle. Au fond, des toiles de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Antonio s\u2019asseyait, se levait, allait et venait, se plantait devant une \u0153uvre, plissait les yeux \u00e0 la recherche d\u2019un d\u00e9tail, en attrapait une autre qu\u2019il d\u00e9pla\u00e7ait \u00e0 l\u2019autre bout de l\u2019atelier. Le peintre n\u2019est pas un assis, il travaille avec son corps. \u00ab\u00a0J\u2019aimais beaucoup dessiner pendant qu\u2019il travaillait. Les enfants \u00e9taient l\u00e0, tu lui servais un mat\u00e9, tu lui allumais le feu\u2026 Quand il entrait dans son tableau, il faisait abstraction de tout ce qui se passait autour de lui, mais il adorait la compagnie\u00a0\u00bb, remet May Segu\u00ed.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s Mai 68<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">, o\u00f9 il n\u2019avait pas laiss\u00e9 sa part aux chiens (production d\u2019affiches aux Beaux-Arts, prise de la Maison Argentine, occupation de l\u2019Od\u00e9on),<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> il avait quitt\u00e9 les caf\u00e9s pour se replier sur son atelier. Un bourreau de travail<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">. \u00ab\u00a0Je ne vois pas quoi faire d&rsquo;autre\u00a0\u00bb, avouait-il, un brin coupable. R\u00e9veil \u00e0 6 h, caf\u00e9, petit-d\u00e9jeuner, lecture de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Naci\u00f3n<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Voz del Interior <\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">et du<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\"> Parisien<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. \u00ab\u00a0Il \u00e9tait plus inform\u00e9 que n\u2019importe quel habitant de Buenos Aires\u00a0\u00bb, remarque Clelia Taricco. Il se rendait ensuite \u00e0 l\u2019atelier pour travailler toute la matin\u00e9e. Il d\u00e9jeunait et y retournait jusqu\u2019au soir. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait son endroit dans le monde. Il disait qu\u2019il y avait des jours o\u00f9 tout roulait et d\u2019autres o\u00f9 rien ne sortait. Mais aller \u00e0 l\u2019atelier faisait partie de sa discipline\u00a0\u00bb, dit Clelia. Il louait cet ancien entrep\u00f4t depuis 1964. Au d\u00e9part, il le partageait avec deux autres artistes\u00a0: Lea Lublin et R\u00f3mulo Macci\u00f3. Puis, il y e\u00fbt Mario Gurfein et Vladimir Veli\u010dkovi\u0107, un artiste yougoslave qui travaillait sur des toiles immenses. \u00ab\u00a0Antonio se demandait comment ils avaient fait pour travailler ensemble\u00a0\u00bb, se rappelle Clelia.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Neruda, Mercedes Sosa, Piazzolla<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019atelier sert aussi de refuge pour tous ceux qui arrivent \u00e0 Paris une main devant, une main derri\u00e8re. Je me souviens d\u2019une anecdote que Segu\u00ed m\u2019avait racont\u00e9 en tirant sur son mat\u00e9 br\u00fblant\u00a0: \u00ab\u00a0Un type m\u2019appelle, un gars de C\u00f3rdoba. Son p\u00e8re l\u2019avait envoy\u00e9 en exil en Belgique. Il me dit qu\u2019il va venir \u00e0 Paris et me demande si je peux lui trouver un endroit pour dormir\u2026 Je lui dis de m\u2019appeler quand il sera l\u00e0 pour qu\u2019on s\u2019arrange. Et l\u00e0 il dit\u00a0: \u2018En fait, je vous t\u00e9l\u00e9phone de la cabine t\u00e9l\u00e9phonique, au coin de la rue.\u2019 Bon ben, viens\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0Tout le monde passait par l\u2019atelier d\u2019Antonio. Pas seulement des Argentins. Toute la culture latino-am\u00e9ricaine. C\u2019en est presque devenu un p\u00e8lerinage\u00a0\u00bb, \u00e9claire Clelia Taricco. <\/span><span style=\"font-weight: 400;\">P\u00eale-m\u00eale\u00a0: Pablo Neruda, Miguel Asturias, Alejo Carpentier, Mercedes Sosa, Atahualpa Yupanqui, Astor Piazzolla\u2026 Autant de visiteurs, fr\u00e9quents ou occasionnels, au gr\u00e9 des changements de r\u00e9gime dans leur pays d\u2019origine. Il n\u2019\u00e9tait pas rare que d\u2019anciens exil\u00e9s reviennent \u00e0 Paris, et chez Segu\u00ed, comme ambassadeurs ou attach\u00e9s culturels.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">En 2010, au Mexique, je suis tomb\u00e9 par hasard sur un livre de Mario Benedetti, illustr\u00e9 par Antonio\u00a0: <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Historias de Par\u00eds<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. C\u2019est un recueil de nouvelles qui raconte les histoires de Latino-Am\u00e9ricains vivant \u00e0 Paris dans les ann\u00e9es 60. On y trouve des exil\u00e9s qui essaient de se souvenir de d\u00e9tails de leur ville natale, des couples qui n\u2019arrivent pas \u00e0 se reformer \u00e0 cause des traumatismes subis, des amours qui s\u2019effilochent\u2026 Des histoires pas gaies qui contrastent avec la bonhomie de notre h\u00e9ros. Bien qu\u2019il ait quitt\u00e9 l\u2019Argentine avant l\u2019arriv\u00e9e de la dictature, Segu\u00ed a senti passer le vent du boulet. L\u2019appartement qu\u2019il occupait pr\u00e8s de la place de la Bastille a \u00e9t\u00e9 mitraill\u00e9. Une balle lui a litt\u00e9ralement fr\u00f4l\u00e9 la t\u00eate, occasionnant vingt points de suture. \u00ab\u00a0Quand un ministre important de la Junte arrivait en France, on venait me chercher pour m\u2019emmener au Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur. On me traitait bien, la nourriture \u00e9tait bonne, mais on me gardait deux ou trois jours, enferm\u00e9 dans une pi\u00e8ce\u00a0\u00bb, raconte-t-il dans une conversation avec Ivan Schuliaquer, publi\u00e9e chez Capital Intelectual en 2009.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Paris, refuge des Latino-Am\u00e9ricains<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Petit apart\u00e9. Mesure-t-on l\u2019importance des liens entre la litt\u00e9rature latino-am\u00e9ricaine du si\u00e8cle dernier et Paris\u00a0? Apr\u00e8s tout, la plupart des \u0153uvres du \u00ab\u00a0boom\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues dans la Ville Lumi\u00e8re. L\u2019exil a suscit\u00e9 une r\u00e9flexion identitaire. Gabo, Cort\u00e1zar ou Vargas Llosa ont red\u00e9couvert, repens\u00e9, r\u00e9invent\u00e9 leur Am\u00e9rique latine depuis Paris. Ils y avaient leurs lieux, leurs rendez-vous, leurs habitudes. Bien qu\u2019\u00e0 ma connaissance, il n\u2019apparaisse pas dans leurs \u0153uvres, l\u2019atelier de Segu\u00ed faisait partie de cette nouvelle cartographie. A-t-il, lui aussi, fantasm\u00e9 l\u2019Am\u00e9rique latine depuis Arcueil\u00a0? \u00ab\u00a0Il n\u2019a jamais eu la nostalgie du pays. Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris tout en pensant qu\u2019il aurait d\u00fb \u00eatre en Argentine. Il \u00e9tait vraiment l\u00e0\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Clelia Taricco. Rien \u00e0 voir avec un Cort\u00e1zar qui sentait que la vie \u00e0 Paris se faisait au prix de la non-vie \u00e0 Buenos Aires, et vice-versa.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 60, Segu\u00ed a exp\u00e9riment\u00e9 la vie <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">porte\u00f1a<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Il n\u2019a pas donn\u00e9 suite\u00a0: \u00ab\u00a0Je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre un Latino-Am\u00e9ricain \u00e0 Paris plut\u00f4t qu\u2019un <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">cordob\u00e9s<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00e0 Buenos Aires.\u00a0\u00bb Il n\u2019a jamais perdu l\u2019accent tra\u00eenant de sa province et s\u2019enorgueillissait d\u2019avoir recr\u00e9\u00e9 une petite C\u00f3rdoba \u00e0 Arcueil. \u00ab\u00a0Avant d\u2019\u00eatre Argentin, il \u00e9tait <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">cordob\u00e9s<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. L\u2019histoire des relations tendues entre C\u00f3rdoba et Buenos Aires est tr\u00e8s longue. Mais il n\u2019a jamais eu de probl\u00e8me avec les gens. On l\u2019arr\u00eatait dans la rue pour lui parler. Il revenait souvent \u00e0 Buenos Aires. C\u2019\u00e9tait devenu le lieu des amis\u00a0\u00bb, pond\u00e8re Clelia Taricco. Cela dit, les \u00e9changes qu\u2019il a eu avec la communaut\u00e9 latino-am\u00e9ricaine lors de son premier s\u00e9jour parisien, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 parfaire sa formation, entre 1953 et 1955, lui ont peut-\u00eatre donn\u00e9 envie d\u2019aller voir l\u00e0-bas s\u2019il y \u00e9tait.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">En 1957, sa premi\u00e8re exposition \u00e0 C\u00f3rdoba est annul\u00e9e\u00a0: trop scandaleuse. Il quitte l\u2019Argentine en jeep avec le projet de rouler jusqu\u2019\u00e0 Mexico. Un voyage qui en \u00e9voque un autre : celui du Che, que Segu\u00ed avait crois\u00e9 \u00e0 C\u00f3rdoba \u00e9tant enfant. Une rencontre qu\u2019il avait racont\u00e9e \u00e0 Ivan Schuliaquer :<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00ab\u00a0Il \u00e9tait plus vieux que moi et tra\u00eenait dans le milieu de la grande bourgeoisie. Il \u00e9tait tr\u00e8s sympa. Il \u00e9tait connu pour ne jamais se laver, alors ses amis l\u2019appelaient \u2018le cochon\u2019. C\u2019est la premi\u00e8re personne que j\u2019ai vu porter des blue jeans<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">. Je revois encore l\u2019endroit pr\u00e9cis o\u00f9 je l\u2019ai crois\u00e9 ce jour-l\u00e0. Il m\u2019a dit\u00a0: \u2018Chau pibe\u2019.\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">S\u2019il ne partage pas la passion r\u00e9volutionnaire de son compatriote, la politique ne laisse pas Segu\u00ed insensible. \u00ab\u00a0Dans ma vie, j\u2019ai eu deux grands espoirs : Frondizi en 1957 et Alfonsin en 1983\u00a0\u00bb, confiait-il \u00e0 Ivan Schuliequer, avant de d\u00e9crire un d\u00e9jeuner parisien avec un autre exil\u00e9, Juan Domingo Per\u00f3n : \u00ab\u00a0On \u00e9tait face \u00e0 face. Je l\u2019ai \u00e9cout\u00e9 parler pendant deux heures. Fermer les yeux et \u00e9couter sa voix, c\u2019\u00e9tait comme revenir en enfance.\u00a0J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a tr\u00e8s amusant.\u00a0\u00bb\u00a0<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Dessiner comme un enfant<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019enfance \u00e9tait essentielle pour Segu\u00ed.<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00ab\u00a0Il n\u2019a jamais perdu la connexion avec l\u2019enfant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9. Il posait sur la vie un regard plein de curiosit\u00e9, de surprise\u00a0\u00bb, d\u00e9taille Clelia Taricco<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">. \u00ab\u00a0Sa grande phrase, c\u2019\u00e9tait \u2018quand je serai grand\u2019. Il la disait \u00e0 80 balais\u00a0\u00bb, abonde May Segu\u00ed. Cette \u00e9ternelle jeunesse est pr\u00e9sente partout dans son \u0153uvre, notamment avec ses c\u00e9l\u00e8bres hommes enchapeaut\u00e9s. \u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9tais enfant, on ne sortait pas dans la rue sans son chapeau, m\u00eame pour aller au stade\u00a0\u00bb, disait Segu\u00ed. \u00ab\u00a0C\u2019est un peu comme s\u2019il avait continu\u00e9 \u00e0 peindre le monde de son enfance\u00a0\u00bb, confirme Clelia. \u00ab\u00a0Ses parents \u00e9taient grossistes donc il avait acc\u00e8s \u00e0 plein de choses qu\u2019on retrouve dans ses \u0153uvres\u00a0: les jouets en bois, l\u2019influence de la BD, notamment la revue <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Billiken<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0, ajoute May. Antonio Segu\u00ed est tomb\u00e9 des nues quand on lui a reproch\u00e9 de privil\u00e9gier les bonhommes au d\u00e9triment des bonnes femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9tais petit, la femme sortait peu.\u00a0\u00bb L\u2019artiste ne vit pas en marge de son \u00e9poque. \u00ab\u00a0Avec <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Mujer Urbana<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> (une gigantesque sculpture urbaine inaugur\u00e9e \u00e0 C\u00f3rdoba en 1999, NDA), il repr\u00e9sente une femme qui franchit le seuil d\u2019une porte. Derri\u00e8re, c\u2019est sombre. Devant, c\u2019est plus clair. Pour lui, c\u2019\u00e9tait le moment o\u00f9 la femme reprenait sa vie en mains\u00a0\u00bb, pose Clelia Taricco.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Pendant quelques ann\u00e9es, Antonio Segu\u00ed a donn\u00e9 des cours de dessin aux Beaux-Arts de Paris. \u00ab\u00a0Certains coll\u00e8gues ont voulu \u00e9liminer le dessin de l\u2019enseignement au motif qu\u2019il nuisait \u00e0 la cr\u00e9ation. Je n\u2019ai pas compris et je suis parti. Le dessin est pour moi le point de d\u00e9part et la cl\u00e9 de tout. Sans dessin il n\u2019y a rien\u00a0\u00bb, racontait-il. \u00ab\u00a0Sa plus grande ambition \u00e9tait de dessiner comme un enfant\u00a0\u00bb, insiste sa compagne. Ses bonshommes, perdus au milieu de la grande ville, disent quelque chose de nos vies contemporaines. La solitude de l\u2019homme moderne. La tyrannie du m\u00e9tro-boulot-dodo. \u00ab\u00a0Il parle de l\u2019ali\u00e9nation de l\u2019homme. Sans d\u00e9noncer, juste en observant\u00a0\u00bb, \u00e9claire Clelia. Antonio aimait s\u2019asseoir \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 et regarder passer les gens. Il engrangeait des d\u00e9tails, des situations. Ce qu\u2019il voyait r\u00e9apparaissait dans ses \u0153uvres avec un humour et une distance qui l\u2019ont sans doute aid\u00e9 \u00e0 supporter le difficile m\u00e9tier de vivre. \u00ab\u00a0L\u2019humour, c\u2019est tr\u00e8s C\u00f3rdoba\u00a0\u00bb, sourit May Segu\u00ed qui a fait le choix d\u2019y habiter. Parfois, l\u2019artiste devan\u00e7ait l\u2019actualit\u00e9. \u00ab\u00a0Quelques mois avant le 11 septembre, il a fait des tableaux o\u00f9 tu voyais les avions et les Twin Towers. C\u2019\u00e9tait pour une exposition \u00e0 New York\u00a0\u00bb, r\u00e9v\u00e8le May.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Dans ses \u0153uvres, mais aussi dans la vie, il n\u2019\u00e9tait pas rare qu\u2019un trait de g\u00e9nie d\u2019Antonio fissure la toile visqueuse de la R\u00e9alit\u00e9. Comme cette fois, o\u00f9 au milieu de son p\u00e9riple latino-am\u00e9ricain, il voit appara\u00eetre un douloureux furoncle sur une fesse. \u00ab\u00a0Un docteur l\u2019a op\u00e9r\u00e9 et il a trouv\u00e9 des ongles, des cheveux, des poils. C\u2019\u00e9taient les cellules de son jumeau siamois qui se d\u00e9veloppaient plus de quarante ans apr\u00e8s sa naissance\u00a0\u00bb, se souvient Camille Moulonguet. Fantaisie ou r\u00e9alisme magique\u00a0?<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Retour \u00e0 C\u00f3rdoba<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Les derni\u00e8res ann\u00e9es, Segu\u00ed retournait plusieurs fois par an \u00e0 C\u00f3rdoba. C\u2019\u00e9tait le seul endroit o\u00f9 il acceptait de se reposer. \u00ab\u00a0Il y avait un mouvement de va-et-vient permanent. Il avait besoin des conversations, des odeurs de C\u00f3rdoba\u00a0\u00bb, dit Clelia Taricco. Pourtant tout n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 simple avec sa ville natale. On pense \u00e0 ce projet de mus\u00e9e d\u2019art contemporain \u2013 la restauration du Ch\u00e2teau Carreras &#8211; dans lequel il a engag\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de temps et d\u2019\u00e9nergie, et dont il a fini par se retirer, fatigu\u00e9 des jalousies et de la mesquinerie ambiante. Reste qu\u2019aujourd\u2019hui, les habitants de C\u00f3rdoba cohabitent avec sa gigantesque famille urbaine. \u00ab\u00a0Ces \u0153uvres font partie du quotidien. <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Mujer Urbana<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, surtout, est devenue un marqueur g\u00e9ographique quand on circule en ville\u00a0\u00bb, assure Clelia Taricco. Lors de son dernier passage \u00e0 C\u00f3rdoba, Segu\u00ed s\u2019est rendu au stade pour assister au <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">cl\u00e1sico<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> du football local\u00a0: Talleres vs. Belgrano. \u00ab\u00a0Il a toujours \u00e9t\u00e9 supporter de Belgrano, mais il a re\u00e7u les maillots des deux clubs avec le num\u00e9ro 10. L\u2019un floqu\u00e9 Antonio, l\u2019autre Segu\u00ed\u00a0\u00bb, raconte Clelia.\u00a0Tout le stade l\u2019a ovationn\u00e9. \u00ab\u00a0Il \u00e9tait trop content. On aurait dit un enfant. C\u2019est le seul qui a su r\u00e9concilier les deux archi-rivaux\u00a0\u00bb, se souvient May Segui. \u00ab\u00a0Il a r\u00e9gl\u00e9 son histoire avec C\u00f3rdoba avant de partir\u00a0\u00bb, \u00e9claire Carlos Abboud.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u00a0C\u2019est la vie qui poss\u00e8de le meilleur crochet du gauche, m\u00eame si un tas de gens croient qu\u2019il s\u2019agit de Charley White de Chicago\u00a0\u00bb, a \u00e9crit un jour Ernest Hemingway. La vie a frapp\u00e9 plusieurs fois. Segu\u00ed a connu de spectaculaires accidents. \u00ab\u00a0Quand je l\u2019ai rencontr\u00e9, il boitait bas apr\u00e8s \u00eatre tomb\u00e9 d\u2019un toit\u00a0\u00bb, rembobine Carlos Abboud. En 1971, le plafond du Mus\u00e9e de la Ville de Paris, qui devait abriter la premi\u00e8re r\u00e9trospective de son \u0153uvre, s\u2019est \u00e9croul\u00e9 quelques heures avant l\u2019inauguration. Toutes ses \u0153uvres ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites pendant qu\u2019il d\u00e9jeunait au restaurant, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Il a connu des drames intimes qu\u2019il a travers\u00e9s avec une dignit\u00e9 admirable. \u00ab\u00a0Il ne s\u2019est jamais plaint d\u2019aucune douleur physique ou psychologique, ni du froid ni de la chaleur\u00a0\u00bb, confirme May Segu\u00ed.<\/span><span style=\"font-weight: 400;\"> \u00ab\u00a0Il fumait comme un pompier. \u00c7a faisait partie int\u00e9grante de sa personnalit\u00e9. Quand les m\u00e9decins le lui ont demand\u00e9, il a tout arr\u00eat\u00e9 d\u2019un coup, sans se plaindre, ni m\u00eame le mentionner\u00a0\u00bb, t\u00e9moigne Carlos Abboud<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">. Segu\u00ed se connaissait mieux que personne. \u00ab\u00a0Il ne s\u2019est jamais psychanalys\u00e9 mais il avait une lucidit\u00e9, comme s\u2019il avait beaucoup travaill\u00e9 sur lui-m\u00eame\u00a0\u00bb, confie Carlos.\u00a0\u00ab\u00a0Il \u00e9tait discret, il ne se prenait pas au s\u00e9ri<\/span><span style=\"font-weight: 400;\">eux, il n\u2019\u00e9tait pas tout le temps autocentr\u00e9\u00a0\u00bb, r\u00e9sume Clelia Taricco.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le 26 f\u00e9vrier 2022 \u00e0 Buenos Aires, Segu\u00ed a plong\u00e9 dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ou le n\u00e9ant. Chute. Op\u00e9ration. Crise cardiaque. Il avait 88 ans. Il est enterr\u00e9 au cimeti\u00e8re d\u2019Arcueil, pr\u00e8s de son atelier. Ceux qui l\u2019ont connu parlent encore de lui au pr\u00e9sent. C\u2019est la diff\u00e9rence entre les morts et les morts-vivants. Une derni\u00e8re chose\u00a0: Montherlant disait que les jeunes n\u2019ont pas besoin de ma\u00eetres \u00e0 penser, mais de ma\u00eetres \u00e0 se conduire. Segu\u00ed en \u00e9tait un. Inoubliable.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Antonio Segu\u00ed, le grand peintre cordob\u00e9s nous a quitt\u00e9s, en 2022, laissant derri\u00e8re lui une \u0153uvre prolifique o\u00f9 humour et po\u00e9sie d\u00e9fient tous les styles pr\u00e9\u00e9tablis. Au cours d\u2019une existence \u00e0 cheval entre la France et l\u2019Argentine, Segu\u00ed a crois\u00e9 la route de Pablo Neruda, Mercedes Sosa, Astor Piazzolla, Juan Domingo Per\u00f3n, Ra\u00fal Alfons\u00edn\u2026 Et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":156066,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"coauthors":[4337],"class_list":["post-156065","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/87"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=156065"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156065\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":156191,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/156065\/revisions\/156191"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/156066"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=156065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=156065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=156065"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=156065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}