{"id":156053,"date":"2026-02-18T09:45:28","date_gmt":"2026-02-18T12:45:28","guid":{"rendered":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/?p=156053"},"modified":"2026-03-27T11:22:10","modified_gmt":"2026-03-27T14:22:10","slug":"larevue4-delia-cancela","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/larevue4-delia-cancela\/","title":{"rendered":"R\u00eaver en couleurs, avec Delia Cancela"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>Figure du pop porte\u00f1o, l&rsquo;artiste et cr\u00e9atrice de mode <b>Delia Cancela <\/b>s&rsquo;est form\u00e9e \u00e0 l&rsquo;institut Di Tella, avant de conqu\u00e9rir Paris, ville o\u00f9 est n\u00e9e sa fille et grande complice artistique Celeste Leeuwenburg.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Le chat observe, languide, depuis le fauteuil en toile de Jouy. Il y a des plantes, des tableaux, des livres, des photos, une grande table de travail et une fen\u00eatre ouverte sur l&rsquo;air chaud de Buenos Aires. Une femme aux cheveux roux et aux yeux bleus contemple la sc\u00e8ne. Delia Cancela, artiste \u00e0 la trajectoire foisonnante entre Buenos Aires et Paris, navigue entre ces deux villes depuis des d\u00e9cennies.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">N\u00e9e \u00e0 Buenos Aires, elle a v\u00e9cu plus de trente ans \u00e0 Paris, o\u00f9 est n\u00e9e sa fille Celeste, \u00e9galement artiste. Paris et la mode traversent son histoire comme deux constantes presque ins\u00e9parables. Une figure persistante se retrouve tout au long de son parcours : des femmes petites mais fortes qui se frayent un chemin dans l&rsquo;art. Delia Cancela a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9e en Argentine et en France par des prix pour l&rsquo;ensemble de sa carri\u00e8re et des distinctions officielles. Son \u0153uvre et son travail l&rsquo;ont conduite \u00e0 vivre \u00e0 New York, \u00e0 Londres \u2014 o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9e et certaines de ses \u0153uvres font partie de la collection du Victoria and Albert Museum \u2014 et, de mani\u00e8re plus prolong\u00e9e, \u00e0 Paris, entre 1975 et 1999.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Depuis son enfance, Delia r\u00eave de Paris. Elle a eu le coup de foudre pour le couturier Jacques Fath en le d\u00e9couvrant dans les magazines. Adolescente, sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e \u00e9voquait les princes qui \u00e9pousaient des princesses. Elle, elle voulait \u00eatre princesse. \u00ab Si j&rsquo;ai envie d&rsquo;\u00e9pouser le prince Fath, pourquoi pas ? \u00bb, se souvient-elle avec un sourire. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 voyager tr\u00e8s jeune. Les ann\u00e9es ont pass\u00e9 et elle a pris racine dans la Ville Lumi\u00e8re.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Figure centrale du pop<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Elle arrive pour la premi\u00e8re fois dans la capitale fran\u00e7aise en 1967, \u00e0 24 ans, boursi\u00e8re du gouvernement fran\u00e7ais gr\u00e2ce au Prix Braque. \u00ab J&rsquo;ai eu le mal de mer et v\u00e9cu beaucoup de p\u00e9rip\u00e9ties, mais c&rsquo;\u00e9tait incroyable. Je l&rsquo;ai fait trois fois \u00bb, dit-elle, se souvenant des voyages en bateau qui ont marqu\u00e9 le d\u00e9but d&rsquo;une \u00e9tape d\u00e9cisive. \u00c0 cette \u00e9poque, elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une figure centrale du pop porte\u00f1o, aux c\u00f4t\u00e9s de son compagnon Pablo Mesejean : d\u00e9fil\u00e9s, costumes, expositions et couvertures de magazines. Un univers qui c\u00e9l\u00e9brait la musique, la mode, les couleurs, le cin\u00e9ma et les corps libres, o\u00f9 cohabitaient Saint Laurent, les Rolling Stones, Alice au Pays des Merveilles et les fins heureuses.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab Pablo voulait rentrer \u00e0 Buenos Aires parce que tout lui manquait, se souvient Delia. Moi, rien ne me manquait. Ma m\u00e8re, mon p\u00e8re, ma famille. Oui, les gens que j&rsquo;aimais, mais j&rsquo;\u00e9tais heureuse. Je me sentais plus libre. \u00c0 Buenos Aires, on avait eu le Di Tella, qui \u00e9tait formidable. On \u00e9tait des \u00e9nergies, des egos. Il y avait Romero Brest. L&rsquo;argent venait de l&rsquo;ext\u00e9rieur, des \u00c9tats-Unis. Mais j&rsquo;avais besoin de plus de libert\u00e9, tout \u00e7a m&rsquo;avait l&rsquo;air trop \u00e9triqu\u00e9. J&rsquo;ai toujours eu besoin de libert\u00e9. \u00bb En voyageant, elle a r\u00e9alis\u00e9 que les gens ont souvent le mal du pays, surtout les Argentins. Elle non. Paris lui a donn\u00e9 une fille, qui est devenue sa plus grande complice.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Elle s&rsquo;en est toujours sortie seule, sans jamais rien attendre des hommes ou de sa famille. Le p\u00e8re de sa fille est parti quand le beb\u00e9 avait huit mois. Elle l&rsquo;a \u00e9lev\u00e9e toute seule, en cr\u00e9ant tout en travaillant pour payer le loyer, comme tant de femmes avant et apr\u00e8s elle. \u00ab\u00a0\u00c7a m&rsquo;a donn\u00e9 de la force \u00bb, dit-elle. \u00ab J&rsquo;ai d\u00fb me faire une carapace. Et c&rsquo;est \u00e7a le stress. J&rsquo;ai recommenc\u00e9 \u00e0 dessiner davantage, je suis retourn\u00e9e \u00e0 mon monde, tout en restant tr\u00e8s amie avec Pablo, je l&rsquo;aimais beaucoup. Quand il est mort, j&rsquo;\u00e9tais pleine de vie, avec un b\u00e9b\u00e9, et mon grand ami est mort, et mon autre ami, Jaime, est mort deux ans apr\u00e8s. Je suis seule, me suis-je dit. Et je reste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment optimiste, on va s&rsquo;en sortir. Et voil\u00e0, ce que vous donne un enfant. \u00c7a vous nourrit, vous donne de l&rsquo;\u00e9nergie, et c&rsquo;est \u00e7a aussi ma relation avec la France. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Paris, alors, n&rsquo;\u00e9tait pas une f\u00eate, mais une ville belle et sombre \u00e0 la fois, teint\u00e9e de suie. L&rsquo;histoire de l&rsquo;art qu&rsquo;elle avait apprise \u00e9tait l\u00e0, en chair et en os. \u00ab Je sortais seule dans la ville. J&rsquo;avais d\u00e9couvert les Nymph\u00e9as de Monet \u00e0 l&rsquo;Orangerie. Il n&rsquo;y avait pas encore de touristes. Je m&rsquo;asseyais et je pouvais rester des heures \u00e0 regarder \u00bb, se souvient-elle.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Ic\u00f4ne \u00e0 la crini\u00e8re rousse<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;un de ses signes les plus reconnaissables, avec les c\u0153urs, ce sont les coiffures des femmes dans ses peintures et dessins : des chevelures h\u00e9riss\u00e9es, longues, qui descendent jusqu&rsquo;au sol ou s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent comme des montagnes. Elle-m\u00eame est une ic\u00f4ne \u00e0 la crini\u00e8re rousse. La dimension \u00e9rotique du monde f\u00e9minin est un \u00e9l\u00e9ment essentiel de son \u0153uvre. Delia est pure f\u00e9minit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Depuis ses d\u00e9buts dans l&rsquo;avant-garde des ann\u00e9es 1960, \u00e0 l&rsquo;Institut Di Tella, elle introduit le langage de la mode dans l&rsquo;art jusqu&rsquo;\u00e0 en faire un \u00e9l\u00e9ment central de son \u0153uvre. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, aux c\u00f4t\u00e9s de Mesejean, elle cr\u00e9e des visuels pour la couverture du Vogue anglais et son \u0153uvre est document\u00e9e dans des livres d&rsquo;art et de mode. Ils publient \u00e9galement dans les magazines Harper&rsquo;s Bazaar et Queen. En 1971, ils cr\u00e9ent une marque de pr\u00eat-\u00e0-porter \u00e0 Londres, Pablo and Delia. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, Delia reprend sa carri\u00e8re en solo et expose \u00e0 Buenos Aires, en Europe et en Asie. Elle collabore avec Herm\u00e8s, Kenzo et Eres.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Petite fleur de pot rococo rose<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Aujourd&rsquo;hui encore, elle arpente la ville incognito. Elle fait ses courses au march\u00e9 bio Biocoop, traverse la Seine et laisse vagabonder son regard et sa pens\u00e9e. Son endroit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ? \u00ab La fontaine du Palais-Royal. Je suis romantique \u00bb, dit-elle. \u00ab Je m&rsquo;assieds pr\u00e8s de la fontaine et je regarde l&rsquo;eau couler en cascade, avec les maisons derri\u00e8re \u2014 dans l&rsquo;une d&rsquo;elles a v\u00e9cu Colette \u2014, et cette all\u00e9e d&rsquo;arbres. Et j&rsquo;\u00e9coute l&rsquo;eau. Dans cet endroit, il m&rsquo;arrive toujours des choses magiques, comme voir un chat pel\u00e9, comme une apparition, qui se prom\u00e8ne l\u00e0, comme chez lui. Des gens que je croise. Ce qui se passe dans l&rsquo;eau. Tout \u00e0 coup, des canards apparaissent, des oiseaux, le son de la brise dans les arbres\u2026 \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 Paris, elle reste fid\u00e8le au onzi\u00e8me arrondissement, tandis que le tumulte porte\u00f1o l&rsquo;a oblig\u00e9e \u00e0 quitter Palermo pour Colegiales. \u00ab J&rsquo;ai d\u00fb fuir Palermo parce qu&rsquo;on ne pouvait plus y vivre. Tout augmentait : le bruit, les gens, la violence, toutes les maisons d\u00e9molies ou transform\u00e9es en boutiques. Et \u00e7a, \u00e0 Paris, \u00e7a n&rsquo;arrive pas. Tu arrives et la ville est telle qu&rsquo;elle \u00e9tait. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Delia est une voyageuse, mais pas tout-terrain. Plut\u00f4t une petite citadine, une Smart. Ou une petite fleur dans une jardini\u00e8re. \u00ab Petite fleur en pot rococo rose \u00bb, compl\u00e8te-t-elle. Elle a essay\u00e9 de vivre \u00e0 la campagne mais n&rsquo;a pas pu. Elle se d\u00e9crit comme tr\u00e8s urbaine, pas tr\u00e8s aventuri\u00e8re : \u00ab Je lis un livre de Mar\u00eda Negroni, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La idea natural<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. C&rsquo;est la nature litt\u00e9raire, dans l&rsquo;\u00e9criture. Moi, je ne suis pas du genre \u00e0 me plonger dans la nature, mais elle est dans mon \u0153uvre. Je ne suis pas botaniste. Je suis tr\u00e8s consciente de ce qui se passe, j&rsquo;observe tout. Mais, par exemple, je ne sais pas nager. Si je m&rsquo;aventure dans la nature, les moustiques et autres insectes me piquent. J&rsquo;ai des allergies. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Son grand ami Javier Arroyuelo la d\u00e9crit ainsi : \u00ab C&rsquo;est litt\u00e9ralement entre des tissus que Delia a \u00e9t\u00e9, v\u00e9cu et cr\u00e9\u00e9 la plus grande partie de sa vie. \u00bb Dans le catalogue de l&rsquo;exposition <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Delia Cancela : Reina de corazones 1962-2018<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, grande r\u00e9trospective organis\u00e9e au Mus\u00e9e d&rsquo;Art Moderne de Buenos Aires, Arroyuelo \u00e9crit : \u00ab Entre ces tissus qui sont \u00e0 la fois les toiles sur lesquelles on peint et les \u00e9toffes avec lesquelles on confectionne les v\u00eatements. Avec le m\u00eame \u00e9lan et sans faire de distinctions intellectuelles, avec la m\u00eame force et la m\u00eame originalit\u00e9 et avec une continuit\u00e9 indiscutable, Delia Cancela a peint, dessin\u00e9, cr\u00e9\u00e9 des costumes et pratiqu\u00e9, \u00e0 sa fa\u00e7on, la mode. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">La mode, mais aussi les femmes, sont son leitmotiv. C&rsquo;est ainsi que la curatrice Carla Barbero la d\u00e9crit dans la m\u00eame publication : \u00ab Tout comme les marqueurs, les crayons accompagnent Delia dans ses errances, ce sont les images de femmes qui se r\u00e9p\u00e8tent. Des femmes qu&rsquo;elle admire, des femmes de sa famille, des femmes de roman et les diff\u00e9rentes femmes qu&rsquo;elle est. Dans son atelier, il y a une \u00e9tag\u00e8re o\u00f9, depuis plus de vingt ans, elle compose une for\u00eat de visages f\u00e9minins, car elle semble savoir mieux que quiconque que le corps est le meilleur endroit o\u00f9 vivent les images. Chaque fois qu&rsquo;elle dessine ou cr\u00e9e, Delia remet en question le regard ordinaire sur ces corps qui, en tant qu&rsquo;images, sont le lieu du corps collectif. \u00bb<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>M\u00e9moire, \u00e9motions, h\u00e9ritage<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">En 2025, la France l&rsquo;a nomm\u00e9e Officier de l&rsquo;Ordre des Arts et des Lettres, distinction accord\u00e9e \u00e0 ceux qui ont \u00ab contribu\u00e9 de mani\u00e8re significative \u00e0 l&rsquo;enrichissement du patrimoine culturel fran\u00e7ais \u00bb. Lors de la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l&rsquo;Ambassade de France \u00e0 Buenos Aires, le discours de l&rsquo;ambassadeur Romain Nadal l&rsquo;a profond\u00e9ment touch\u00e9e, mais elle n&rsquo;a pas pleur\u00e9. Elle ne parvient plus \u00e0 trouver le soulagement des larmes depuis le jour o\u00f9 elle a perdu presque toute son \u0153uvre dans un incendie, en 2001. Ce fut terrible.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">De loin, dans les bons comme dans les mauvais moments, Celeste Leeuwenburg, sa fille, l&rsquo;accompagne. Celeste ressemble tellement \u00e0 Delia qu&rsquo;on s&rsquo;y trompe parfois. Le m\u00eame visage, les m\u00eames yeux. Mais Celeste a un accent fran\u00e7ais ind\u00e9l\u00e9bile. \u00c0 24 ans, elle est retourn\u00e9e \u00e0 Paris avec une bourse, comme sa m\u00e8re. Et l&rsquo;\u0153uvre qui la porte \u00e0 travers le monde est un hommage \u00e0 sa maman, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">De lo que ella me dijo y c\u00f3mo me siento<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Elle se base sur des histoires entendues de sa bouche et sur les robes qu&rsquo;elle avait cr\u00e9\u00e9es dans les ann\u00e9es 1970 (elles ont surv\u00e9cu \u00e0 l&rsquo;incendie parce que Celeste les avait dans son placard pour les porter). Elle a ainsi cr\u00e9\u00e9 un dialogue chor\u00e9graphique et photographique, une nouvelle \u0153uvre. Une vid\u00e9o-installation, des affiches dans les rues et maintenant un livre de luxe \u00e9dit\u00e9 au Luxembourg, o\u00f9 ces robes dansent sur un fond blanc car, en plus de lui avoir appris \u00e0 ne pas se fier aux st\u00e9r\u00e9otypes, Delia l&rsquo;a form\u00e9e \u00e0 l&rsquo;art de cr\u00e9er avec ce qu&rsquo;on a sous la main, avec ce qu&rsquo;il y a.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;\u0153uvre de Celeste a trait \u00e0 la m\u00e9moire, aux \u00e9motions, \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage\u2026 une r\u00e9flexion sur la filiation et la transmission entre g\u00e9n\u00e9rations de femmes artistes. \u00ab \u00c0 travers cette \u0153uvre, elle met en sc\u00e8ne la transmission vivante d&rsquo;une histoire familiale et artistique, transformant l&rsquo;amour filial en une \u00e9nergie cr\u00e9atrice partag\u00e9e. \u00c0 travers ce processus, le geste photographique de Celeste devient un acte de m\u00e9moire et de r\u00e9paration, une fa\u00e7on de faire danser l&rsquo;absence, tout en tissant ensemble pass\u00e9 et pr\u00e9sent dans une \u0153uvre chor\u00e9graphique et visuelle dense \u00bb, \u00e9crit Christian Gattinoni. Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e d&rsquo;Art Moderne de Buenos Aires et en juillet 2022, elle a \u00e9t\u00e9 finaliste aux Prix Louis Roederer Discovery lors des Rencontres de la Photographie d&rsquo;Arles. Elle a pr\u00e9sent\u00e9 cette m\u00eame s\u00e9rie en novembre 2022 au Festival International Jimei x Arles (Chine) et au Festival Emop du Luxembourg en mai 2023. Elle a remport\u00e9 le Prix Les Filles de la Photo.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Une sur chaque continent<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab Je suis partie de Buenos Aires pour Paris parce que j&rsquo;ai obtenu une bourse, mais aussi parce que j&rsquo;\u00e9tais la fille de. J&rsquo;avais ce doute : est-ce que j&rsquo;exposais \u00e0 16 ans parce que mon travail \u00e9tait int\u00e9ressant, ou parce que je suis la fille de Delia Cancela ? \u00bb, dit Celeste depuis Paris en visioconf\u00e9rence. \u00ab Quand je suis arriv\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait beaucoup plus difficile parce que je n&rsquo;\u00e9tais la fille de personne. Aujourd&rsquo;hui, je trouve tr\u00e8s ironique d&rsquo;avoir re\u00e7u ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es tant de prix avec ce projet en hommage \u00e0 Delia, alors qu&rsquo;ici les gens ne la connaissent pas tant que \u00e7a. \u00bb Maintenant, Delia est la m\u00e8re de. Il y a quelques semaines, Celeste est venue lui rendre visite pendant presque un mois. Elle a tout rang\u00e9 en partant et Delia a du mal \u00e0 retrouver ses affaires, m\u00eame si dans ses ronchonnements affectueux on per\u00e7oit de la joie et de la gratitude. Les au revoir leur co\u00fbtent de plus en plus. \u00ab Quand je rentre \u00e0 Buenos Aires, je suis \u00e9mue. J&rsquo;ai pleur\u00e9 l&rsquo;autre jour dans un cours de gym sur une chanson de Calamaro. Je suis dans une p\u00e9riode tr\u00e8s nostalgique. L&rsquo;Argentine, c&rsquo;est aussi mon pays. Mais pour ma carri\u00e8re, j&rsquo;ai besoin de vivre \u00e0 Paris en ce moment \u00bb, raconte Celeste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Et Paris manque \u00e0 Delia, m\u00eame si elles sont en contact tous les jours par t\u00e9l\u00e9phone. Ensemble, elles ont r\u00e9alis\u00e9 des productions pour Elle et Harper&rsquo;s Bazaar \u00e0 Paris. Pendant la pand\u00e9mie, une sur chaque continent, elles ont renou\u00e9 avec le jeu d&rsquo;enfance de Celeste, les dessins \u00e0 quatre mains. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;est n\u00e9 un livre pr\u00e9sent\u00e9 au Mus\u00e9e National des Beaux-Arts, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Nosotras cautivas<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Au d\u00e9but, elles jouaient seules \u00e0 faire des cadavres exquis, comme pendant les jours de pluie. Puis elles ont peu \u00e0 peu associ\u00e9 des artistes d&rsquo;Argentine et de France au projet. Apr\u00e8s trois ans de travail, elles ont cr\u00e9\u00e9 55 \u0153uvres, avec 90 artistes. Delia et Celeste, toujours ensemble, et en communaut\u00e9, peu importe la distance qui les s\u00e9pare.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>La Force de l&rsquo;Esprit<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Malgr\u00e9 tout, elle a 85 ans et vient de rejoindre la galerie Ruth Benzacar. \u00ab Nous consid\u00e9rons que Delia est une figure importante de la contemporan\u00e9it\u00e9, avant tout une femme, qui a compris tr\u00e8s t\u00f4t le croisement entre la mode, le design et l&rsquo;art, qui a eu un engagement \u00e9norme dans sa pratique artistique, et dont la production est vraiment incroyable. L&rsquo;accueillir allait de soi. En fait, quand nous avons annonc\u00e9 son arriv\u00e9e, tous les artistes de la galerie l&rsquo;ont accueillie avec enthousiasme, ce qui a confirm\u00e9 que nous avions fait le bon choix \u00bb, raconte \u00e0 La Revue Orly Benzacar.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Paris repr\u00e9sente pour Delia une nouvelle racine qui s&rsquo;ajoute aux nombreuses qu&rsquo;elle poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0. L&rsquo;image qui lui vient \u00e0 l&rsquo;esprit est claire : elle est une plante aux racines multiples qui se nourrissent mutuellement. Elle aime l&rsquo;esth\u00e9tique de la France, ce style particulier qu&rsquo;elle ne trouve pas dans d&rsquo;autres pays m\u00e9diterran\u00e9ens, si merveilleux qu&rsquo;ils soient. \u00ab La France, je la ressens comme une partie de moi. Cette chose un peu solide, et en m\u00eame temps ouverte \u00bb, explique-t-elle. Elle aime le collier de perles, la m\u00e9daille, mais aussi la libert\u00e9 de porter des baskets, de ne pas s&rsquo;en faire et d&rsquo;avoir son propre style. Elle reconna\u00eet d&rsquo;ailleurs que sa fa\u00e7on de s&rsquo;habiller est tr\u00e8s parisienne. Quand elle avait les cheveux blancs et longs, \u00e7a l&rsquo;\u00e9tait encore plus. \u00ab Je suis arriv\u00e9e avec les cheveux blancs et longs. Ensuite j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 les teindre, et c&rsquo;est devenu mon image \u00bb, se souvient-elle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Mais il y a quelque chose qui lui est rest\u00e9 tr\u00e8s pr\u00e9sent cette ann\u00e9e : <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Fuerza del Esp\u00edritu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, de Marie Orensanz, une artiste de la galerie Ruth Benzacar, elle aussi tr\u00e8s fran\u00e7aise et de sa g\u00e9n\u00e9ration. Une \u0153uvre qui trouve un \u00e9cho dans la personnalit\u00e9 de Delia : \u00ab Tout le temps, quand je sens que je faiblis, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">La Fuerza del Esp\u00edritu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> me revient. \u00bb<\/span><\/p>\n<p><b>Texte : Mar\u00eda Paula Zachar\u00edas |<\/b>\u00a0<b>Photos : Lucia Bonells<\/b> | <b>Production : Gisela Asmundo, El Ojo del Arte et La Revue.<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Figure du pop porte\u00f1o, l&rsquo;artiste et cr\u00e9atrice de mode Delia Cancela s&rsquo;est form\u00e9e \u00e0 l&rsquo;institut Di Tella, avant de conqu\u00e9rir Paris, ville o\u00f9 est n\u00e9e sa fille et grande complice artistique Celeste Leeuwenburg. Le chat observe, languide, depuis le fauteuil en toile de Jouy. 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