{"id":149609,"date":"2025-04-01T14:09:09","date_gmt":"2025-04-01T17:09:09","guid":{"rendered":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/?p=149609"},"modified":"2025-05-21T14:12:32","modified_gmt":"2025-05-21T17:12:32","slug":"larevue3-borgesbioy-santillach","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/larevue3-borgesbioy-santillach\/","title":{"rendered":"Une amiti\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anglaise"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>L&rsquo;amiti\u00e9 entre Jorge Luis Borges, un Argentin extraordinaire, et Adolfo Bioy Casares, qui l&rsquo;a relat\u00e9e avec d\u00e9votion et obsession, est un cas exotique d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne typiquement argentin.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;Argentine a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par un groupe de commer\u00e7ants port\u00e8gnes adeptes de la contrebande. La mythologie du pays naissant s&rsquo;est fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tendue plate de la Pampa, le d\u00e9sert vert. Son \u00e9pop\u00e9e en vers fut le chant de <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">Mart\u00edn Fierro<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, avec pour protagoniste non pas un noble h\u00e9ros aristocratique, mais un hors-la-loi qui s&rsquo;enfuit vers la fronti\u00e8re, vers la Pampa, pour \u00e9chapper aux griffes arm\u00e9es de l&rsquo;\u00c9tat.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">De ces mythologies encore jeunes est n\u00e9, cent cinquante ou deux cents ans plus tard, un lieu commun argentin : celui de l&rsquo;informalit\u00e9, qu&rsquo;elle soit fiscale ou relationnelle. La v\u00e9ritable \u00e9conomie fonctionne en dehors de l&rsquo;\u00e9conomie officielle, et le soutien ne vient pas des institutions organis\u00e9es mais d&rsquo;institutions moins organiques, comme les clubs sportifs ou d&rsquo;autres associations d&rsquo;affinit\u00e9s \u00e9lectives. L&rsquo;institution inorganique par excellence, celle qui manque \u00e0 ceux qui se d\u00e9brouillent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, est celle de l&rsquo;amiti\u00e9, pratiqu\u00e9e \u00e0 travers deux exercices gastronomiques\u00a0: celui du mat\u00e9 et celui de l&rsquo;<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">asado<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Chez les \u00ab\u00a0Bioy\u00a0\u00bb<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">En marge de l&rsquo;\u00c9tat volontariste, en marge de la page et en marge de la culture occidentale, Jorge Luis Borges, un Argentin exotique, de lign\u00e9e <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">criolla<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, \u00e9lev\u00e9 par hasard ou par confusion paternelle d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e dans l&rsquo;Europe de la Grande Guerre et des avant-gardes artistiques, est devenu inopin\u00e9ment bien plus que le plus grand \u00e9crivain argentin. Lorsqu&rsquo;il a accost\u00e9 \u00e0 Buenos Aires \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de vingt ans, il s&rsquo;est senti \u00e9tranger \u00e0 cette ville envahie par les Italiens, qui d\u00e9formaient m\u00eame la fa\u00e7on argentine de parler, et peu \u00e0 peu il a commenc\u00e9 \u00e0 concevoir sa vengeance : celle d&rsquo;\u00e9crire des contes cr\u00e9oles et universels dans une langue unique, ancienne, qui semblerait \u00e9ternelle mais aussi intime, impersonnelle mais personnelle. Il a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9guiser ses textes avec les derni\u00e8res nouveaut\u00e9s et des encyclop\u00e9dismes, des pi\u00e8ges faussement \u00e9rudits pour cacher au lecteur un homme sentimental, simple, capable de comprendre et de trouver les meilleurs mots pour les grandes exp\u00e9riences humaines : celle de Dieu (\u00ab\u00a0divin labyrinthe des effets et des causes\u00a0\u00bb), l&rsquo;amour (\u00ab\u00a0qui nous permet de voir les autres comme la divinit\u00e9 les voit\u00a0\u00bb) ou l&rsquo;amiti\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Borges a pratiqu\u00e9 l&rsquo;amiti\u00e9 avec de nombreux hommes et femmes, parmi lesquels se distingue Adolfo Bioy Casares. En 1936, Borges a inclus dans un livre d&rsquo;essais une critique d&rsquo;un livre fictif, \u00ab\u00a0The Approach to Al-Mu&rsquo;tasim\u00a0\u00bb, d&rsquo;un suppos\u00e9 avocat anglo-hindou. Adolfo Bioy Casares, un jeune homme de vingt et un ans, qui avait pr\u00e9matur\u00e9ment publi\u00e9 plusieurs livres avec l&rsquo;argent de son p\u00e8re, est tomb\u00e9 dans le pi\u00e8ge de Borges et a command\u00e9 le livre hindou inexistant \u00e0 sa librairie de Londres. Ce malentendu a cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;une des amiti\u00e9s les plus durables et prolifiques du XXe si\u00e8cle argentin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Bioy s&rsquo;est mari\u00e9 peu apr\u00e8s avec une femme un peu plus \u00e2g\u00e9e que lui, peut-\u00eatre l&rsquo;autre grande \u00e9crivaine argentine du XXe si\u00e8cle apr\u00e8s Borges : Silvina Ocampo. Pendant pr\u00e8s de cinquante ans, Borges est all\u00e9 plusieurs soirs par semaine d\u00eener chez \u00ab\u00a0les Bioy\u00a0\u00bb, pouss\u00e9 par le sentiment d&rsquo;amiti\u00e9, par le go\u00fbt de la conversation interminable et peut-\u00eatre par le d\u00e9sir de Georgie de fuir l&rsquo;appartement qu&rsquo;il a partag\u00e9 avec sa m\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 la mort de celle-ci, alors que Borges avait d\u00e9j\u00e0 76 ans.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9criture conjointe d&rsquo;une brochure pour l&rsquo;entreprise laiti\u00e8re de la famille maternelle de Bioy, l&rsquo;un des premiers t\u00e9moignages litt\u00e9raires de cette amiti\u00e9 intime est la pr\u00e9face de Borges au premier roman de Bioy, <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;Invention de Morel<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Le roman, auquel il ne consacre qu&rsquo;un seul des 795 mots que compte la pr\u00e9face (ce mot est \u00ab\u00a0parfait\u00a0\u00bb, mais nous n&rsquo;avons pas \u00e0 croire Borges), est en r\u00e9alit\u00e9 un pr\u00e9texte pour Borges d&rsquo;\u00e9crire le programme de la litt\u00e9rature \u00e0 venir : les romans du r\u00e9alisme magique, l&rsquo;\u0153uvre de Cort\u00e1zar, Garc\u00eda M\u00e1rquez et Carlos Fuentes, d\u00e9coulent de cette pr\u00e9face. Le d\u00e9dain de Borges envers son jeune ami rel\u00e8ve d&rsquo;une p\u00e9dagogie par l&rsquo;intimidation, une insulte stimulante du genre de celle que son personnage, le coupe-jarret Rosendo Ju\u00e1rez, adresse \u00e0 son jeune disciple (l&rsquo;assassin et narrateur du conte) dans \u00ab\u00a0\u201cHombre de la esquina rosada\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9ducation, pour Borges, \u00e9tait aussi provocation.<\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><b>Contes \u00e0 quatre mains<\/b><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Durant ces ann\u00e9es, Borges et Bioy ont collabor\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de contes dans lesquels Borges s&rsquo;est permis une attitude plus ordinaire, qu&rsquo;il ne s&rsquo;autorisait pas dans son \u0153uvre officielle. Ils ont sign\u00e9 leurs contes \u00e0 quatre mains avec des pseudonymes m\u00ealant leurs noms \u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">criolla<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\"> : Honorio Bustos Domecq et Benito Su\u00e1rez Lynch.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Deux des artefacts narratifs les plus complexes \u00e9crits par Borges durant sa p\u00e9riode cr\u00e9ative des ann\u00e9es quarante, \u00ab\u00a0Tl\u00f6n Uqbar Orbis Tertius\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0L&rsquo;Immortel\u00a0\u00bb, rendent hommage \u00e0 cette amiti\u00e9 avec Bioy, qui fut comme son atelier litt\u00e9raire, le lieu o\u00f9 il confrontait ses id\u00e9es et o\u00f9 germaient ses \u0153uvres. \u00ab\u00a0Tl\u00f6n&#8230;\u00a0\u00bb est en r\u00e9alit\u00e9, outre l&rsquo;invention d&rsquo;une plan\u00e8te invraisemblable, la narration d&rsquo;une sc\u00e8ne o\u00f9 Bioy et Borges lisent et commentent un article d&rsquo;encyclop\u00e9die. L&rsquo;amiti\u00e9 entre eux, un miroir en soi, a \u00e0 son tour un autre miroir, qui est l&rsquo;amiti\u00e9 du p\u00e8re de Borges avec un Anglais : \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re avait nou\u00e9 avec lui (le verbe est excessif) une de ces amiti\u00e9s anglaises qui commencent par exclure la confidence et qui tr\u00e8s vite omettent le dialogue. Ils pratiquaient un \u00e9change de livres et de journaux ; ils jouaient tacitement aux \u00e9checs&#8230;\u00a0\u00bb. Borges se permet aussi dans le conte une blague g\u00e9niale sur ses propres traumatismes li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 sexuelle. \u00ab\u00a0La copulation et les miroirs, fait-il dire au personnage de Bioy, sont abominables, parce qu&rsquo;ils multiplient le nombre d&rsquo;hommes\u00a0\u00bb. C&rsquo;est une ironie que les ann\u00e9es ont rendue \u00e9vidente : on sait que la collection d&rsquo;amantes du beau Bioy se comptait par centaines, tandis que Borges n&rsquo;a probablement jamais eu de rapport complet avec une femme : l&rsquo;amiti\u00e9 entre Bioy et Borges \u00e9tait celle qui liait un copulateur en s\u00e9rie et un asc\u00e8te, quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;a peut-\u00eatre jamais connu bibliquement une femme. Borges se riait de ses propres mis\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Dans \u00ab\u00a0L&rsquo;Immortel\u00a0\u00bb, qui dure des si\u00e8cles, un l\u00e9gionnaire romain se lie d&rsquo;amiti\u00e9 avec un troglodyte qui s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre Hom\u00e8re. Ayant acquis l&rsquo;immortalit\u00e9 (litt\u00e9rale et m\u00e9taphorique) apr\u00e8s avoir bu l&rsquo;eau d&rsquo;une rivi\u00e8re, Hom\u00e8re et le l\u00e9gionnaire se quittent sans se dire adieu (encore une fois l&rsquo;amiti\u00e9 silencieuse, anglaise), confiants qu&rsquo;ils se reverront. Mais le l\u00e9gionnaire retrouve sa mortalit\u00e9 en buvant une autre eau, et ils ne se revoient jamais. \u00c0 la fin, le l\u00e9gionnaire dit : \u00ab\u00a0Quand la fin approche, il ne reste plus d&rsquo;images du souvenir ; il ne reste que des mots. Il n&rsquo;est pas \u00e9trange que le temps ait confondu celles qui m&rsquo;ont repr\u00e9sent\u00e9 un jour avec celles qui furent les symboles du destin de celui qui m&rsquo;a accompagn\u00e9 pendant tant de si\u00e8cles. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 Hom\u00e8re ; bient\u00f4t, je serai Personne, comme Ulysse ; bient\u00f4t, je serai tous : je serai mort.\u00a0\u00bb C&rsquo;est pour moi une certaine id\u00e9e (d\u00e9finition) de l&rsquo;amiti\u00e9, en particulier de celle qui le lie \u00e0 Bioy, \u00e0 savoir une confusion d&rsquo;identit\u00e9 avec l&rsquo;autre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Ce conte, \u00e9crit en 1948, rev\u00eatit, comme tant d&rsquo;autres textes de Borges, un esprit proph\u00e9tique, puisqu&rsquo;en effet Borges et Bioy se sont quitt\u00e9s sans se dire adieu en personne, Mar\u00eda Kodama l&rsquo;ayant emmen\u00e9 en 1986 mourir \u00e0 Gen\u00e8ve.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Bioy sentait que Kodama, secr\u00e9taire puis \u00e9pouse de Borges apr\u00e8s la mort de la m\u00e8re de celui-ci, avait \u00e9loign\u00e9 Borges de ses amis et le faisait souffrir. La rivalit\u00e9 entre Bioy et Kodama fut durable : jusqu&rsquo;\u00e0 peu avant sa mort en 2023, sa veuve racontait qu&rsquo;une fois, apr\u00e8s que Bioy eut publi\u00e9 un de ses romans, Borges lui avait dit : \u00ab\u00a0Quand Adolfito se rendra-t-il compte qu&rsquo;il ne sait pas \u00e9crire ?\u00a0\u00bb Cette malice eut peut-\u00eatre pour origine la grande surprise posthume que donna l&rsquo;\u0153uvre de Borges, qui fut le Borges de Bioy Casares, un livre de plus de 1500 pages qui compile avec d\u00e9votion chacune des conversations qu&rsquo;eurent les amis au cours de plus de quarante ans. \u00ab\u00a0Borges d\u00eene \u00e0 la maison\u00a0\u00bb, commence chaque entr\u00e9e, utilisant un verbe qui d\u00e9note l&rsquo;appartenance sociale : la classe moyenne dit \u00ab\u00a0souper\u00a0\u00bb, tandis que seule la classe sup\u00e9rieure d&rsquo;origine agricole dit \u00ab\u00a0d\u00eener\u00a0\u00bb. Avec un amour d&rsquo;adepte, de fan et d&rsquo;ami, Bioy enregistre l&rsquo;oralit\u00e9 d&rsquo;un Borges p\u00e9tillant et intime, aussi g\u00e9nial pour les comm\u00e9rages que pour les lectures litt\u00e9raires. C&rsquo;est s\u00fbrement le t\u00e9moignage le plus abondant de l&rsquo;histoire sur une amiti\u00e9, comparable \u00e0 celui de Platon sur Socrate. Le livre est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une \u00e9pigraphe en fran\u00e7ais de Silvina Ocampo qui parle avec \u00e9loquence de la consid\u00e9ration et de l&rsquo;affection qu&rsquo;elle et Adolfo avaient pour Borges : \u00ab\u00a0D\u00eener avec Borges est une des coutumes les plus douces de ma vie. Elle me permet de croire que je connais Borges plus que mes autres amis, parce que l&rsquo;heure du d\u00eener est avant tout l&rsquo;heure de la conversation.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Promenades \u00e0 BA et voyages \u00e0 travers le monde. Sur les traces de Borges et Proust.<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Un samedi de 2021, la fl\u00e2neuse Catalina Lascano m&rsquo;a dit qu&rsquo;elle allait m&#8217;emmener \u00e0 un angle de rue \u00e0 Floresta, qui \u00e9tait peut-\u00eatre le m\u00eame que Borges avait contempl\u00e9 une nuit de 1926 ou 1927 apr\u00e8s une longue promenade, qui a trouv\u00e9 sa place dans \u00ab\u00a0Se sentir dans la mort\u00a0\u00bb, l&rsquo;un des textes qui aboutissent \u00e0 \u00ab\u00a0\u201cHombre de la esquina rosada\u00a0\u00bb, o\u00f9 l&rsquo;angle de rue en question est le lieu secret et \u00e9quivoque du narrateur. Nous avons march\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce passage \u00e0 Boeri et Trieste et quelque chose s&rsquo;est illumin\u00e9 en nous, comme chez Borges pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle auparavant. Borges \u00e9tait accro \u00e0 Buenos Aires, et l&rsquo;a parcourue avec d\u00e9lectation. Avec Catalina, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 organiser des promenades bas\u00e9es sur les itin\u00e9raires de Borges, g\u00e9n\u00e9ralement loin des lieux touristiques : nous avons ainsi parcouru Saavedra, Villa Ort\u00fazar ou Floresta.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Durant ces ann\u00e9es, j&rsquo;ai \u00e9galement donn\u00e9 trois cours annuels sur <\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 la recherche du temps perdu<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, le roman magnifique de Marcel Proust. \u00c0 la demande des \u00e9l\u00e8ves, Catalina et moi-m\u00eame avons organis\u00e9 un voyage de fin d&rsquo;\u00e9tudes, bas\u00e9 sur un itin\u00e9raire \u00e0 travers Paris, la vall\u00e9e de la Loire et la Normandie en utilisant comme guide le texte de Proust ainsi que ceux d&rsquo;autres auteurs comme Baudelaire, Flaubert et Marie d&rsquo;Agoult. En 2024, en plus de suivre les pas de Proust et consort \u00e0 Paris, nous avons suivi ceux des beatniks et des \u00e9crivains du noir en Californie, et en 2025 nous suivrons ceux de Platon, Pasolini, Camilleri (et aussi Borges) en Sicile, ceux de la mythologie nordique (dont le gardien est encore Borges) et de la litt\u00e9rature nordique contemporaine en Norv\u00e8ge et en Islande, et nous allons bient\u00f4t recommencer les voyages en France.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;amiti\u00e9 entre Jorge Luis Borges, un Argentin extraordinaire, et Adolfo Bioy Casares, qui l&rsquo;a relat\u00e9e avec d\u00e9votion et obsession, est un cas exotique d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne typiquement argentin. &nbsp; L&rsquo;Argentine a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par un groupe de commer\u00e7ants port\u00e8gnes adeptes de la contrebande. 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