{"id":145637,"date":"2024-08-17T10:25:46","date_gmt":"2024-08-17T13:25:46","guid":{"rendered":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/?p=145637"},"modified":"2025-05-27T11:05:34","modified_gmt":"2025-05-27T14:05:34","slug":"larevue2-cronicamaslejosqueba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/buenosairesconnect.com\/fr\/larevue2-cronicamaslejosqueba\/","title":{"rendered":"Au-del\u00e0 de Buenos Aires"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Patagonie n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 ma tasse de th\u00e9. Je dois m&rsquo;efforcer pour \u00e9crire \u00e0 son sujet. Chaque mot est un pas de plus dans un d\u00e9sert infini. La Patagonie peut \u00eatre belle et pleine d&rsquo;adr\u00e9naline ou un enfer d&rsquo;ennui, comme n&rsquo;importe quel endroit. Mais ce n&rsquo;est pas n&rsquo;importe quel endroit, car on dit que c&rsquo;est le bout du monde. Je ne m&rsquo;en suis pas rendu compte tout de suite&#8230;<br \/>\nQuand je suis arriv\u00e9e en Argentine, j&rsquo;\u00e9coutais tout le temps deux chansons d&rsquo;Emily Loizeau : \u00ab\u00a0I&rsquo;m alive\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00c0 l&rsquo;autre bout du monde\u00a0\u00bb. La premi\u00e8re a un refrain g\u00e9nial qui r\u00e9sume exactement ce qui m&rsquo;arrivait avec ce changement de pays : je suis vivante, c&rsquo;est \u00e9trange d&rsquo;\u00eatre vivante. L&rsquo;autre chanson de Loizeau, \u00ab\u00a0\u00c0 l&rsquo;autre bout du monde\u00a0\u00bb, je l&rsquo;ai toujours assimil\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Argentine. Elle dit ceci : \u00ab\u00a0C&rsquo;est l\u00e0 que migrent les oiseaux\/ On dit \u00e7a\/ De l&rsquo;autre bout du monde\/ J&rsquo;avance seule dans le brouillard\/ C&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 \u00e7a y est, je pars\/ Je m&rsquo;en vais\/ \u00c0 l&rsquo;autre bout du monde\u00a0\u00bb. Pour moi, c&rsquo;\u00e9tait la chanson d&rsquo;une fille qui part \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde. Je n&rsquo;ai pas approfondi davantage, je ne me suis rendu compte que plus tard que les deux \u00e9taient des chansons de deuil. Ce n&rsquo;est pas une erreur d&rsquo;avoir confondu l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du monde avec l&rsquo;Argentine. Je savais que de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du monde se trouvait ce pays g\u00e9ant et myst\u00e9rieux, mais je n&rsquo;ai pas r\u00e9alis\u00e9 qu&rsquo;on pouvait aller encore plus loin que Buenos Aires.<br \/>\nPendant mon enfance, Ushua\u00efa \u00e9tait le nom d&rsquo;une \u00e9mission de t\u00e9l\u00e9 en France dans laquelle un aventurier \u00e9cologiste (Nicolas Hulot) parcourait la plan\u00e8te comme un v\u00e9ritable explorateur du si\u00e8cle dernier, mais accompagn\u00e9 par les cam\u00e9ras. Il faisait du parachutisme, de la plong\u00e9e, du cano\u00eb \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des orques d&rsquo;Alaska, prenait le train entre les montagnes en sortant la t\u00eate par la fen\u00eatre, montait dans un avion qu&rsquo;il pilotait lui-m\u00eame, traversait les nuages, supportait tous les climats et nous d\u00e9couvrions le monde loin de chez nous assis dans le canap\u00e9. Ushuaia &#8211; Le magazine de l&rsquo;extr\u00eame \u00e9tait le nom complet de l&rsquo;\u00e9mission. Depuis lors, Ushua\u00efa est devenu synonyme d&rsquo;aventures, de prises de risques, de plong\u00e9e parmi les requins, de vouloir prendre le th\u00e9 ou jouer au ballon avec des inconnus, de se faire comprendre sans parler la m\u00eame langue, la vie d&rsquo;explorateur. Pour moi, c&rsquo;\u00e9tait difficile de m&rsquo;imaginer en aventuri\u00e8re : je ne sais pas nager et j&rsquo;ai de l&rsquo;asthme.<br \/>\nAimer voir la lune et les \u00e9toiles<br \/>\nLe mot Patagonie est apparu apr\u00e8s Ushua\u00efa, \u00e0 cause du chanteur fran\u00e7ais Florent Pagny, qui s&rsquo;y est install\u00e9, au milieu de nulle part et est devenu c\u00e9l\u00e8bre pour sa chanson \u00ab\u00a0Ma libert\u00e9 de penser\u00a0\u00bb, un tube auquel il \u00e9tait impossible d&rsquo;\u00e9chapper. \u00c9chapper, je souligne ce terme si important dans le dictionnaire des explorateurs. Qui a d\u00e9barqu\u00e9 en Argentine sans s&rsquo;\u00e9chapper ? Une certitude : ceux qui ne sont pas arriv\u00e9s en fuyant, sont arriv\u00e9s et sont rest\u00e9s par amour. Pagny n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le premier Fran\u00e7ais \u00e0 tomber amoureux de la Patagonie. Bien avant lui, Antoine de Tounens a voulu fonder le Royaume d&rsquo;Araucanie et de Patagonie. Il y a eu d&rsquo;autres Fran\u00e7ais qui ont laiss\u00e9 des marques en Patagonie comme Jean Mermoz et Antoine de Saint-Exup\u00e9ry. Ils semblent nous dire que pour \u00eatre explorateurs, il faut aimer voir la lune et les \u00e9toiles mais il faut aussi \u00ab\u00a0se former aux accidents\u00a0\u00bb. Dans les ann\u00e9es 1930, l&rsquo;aviation \u00e9tait un sport \u00e0 haut risque. Ici, ils ont baptis\u00e9 une aiguille du Chalt\u00e9n l&rsquo;aiguille Mermoz, en hommage au pilote qui est rest\u00e9 bloqu\u00e9 trois jours sur l&rsquo;Altiplano avant de r\u00e9parer le moteur de son avion et de s&rsquo;\u00e9chapper en faisant des acrobaties entre les montagnes. Mais c&rsquo;est Antoine de Saint-Exup\u00e9ry, un autre aviateur, qui a fr\u00e9quent\u00e9 Mermoz en Argentine, qui a v\u00e9ritablement conquis la Patagonie en avion, r\u00e9ussissant \u00e0 inaugurer des routes dans le ciel pour transporter le courrier. Il faut lire son livre Vol de nuit pour comprendre ces premiers pas, le d\u00e9sert d&rsquo;obscurit\u00e9 qu&rsquo;il fallait vaincre : \u00ab\u00a0Ces hommes croient que leur lampe luit pour l&rsquo;humble table, mais \u00e0 quatre-vingts kilom\u00e8tres d&rsquo;eux, on est d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9 par l&rsquo;appel de cette lumi\u00e8re, comme s&rsquo;ils la balan\u00e7aient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, d&rsquo;une \u00eele d\u00e9serte, devant la mer.\u00a0\u00bb Il m&rsquo;a fallu des ann\u00e9es pour comprendre ce livre, je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 me mettre dans la peau de ces premiers avions, de la radio qui annonce la temp\u00eate. Il existe une litt\u00e9rature abondante sur la Patagonie qui inclut les Mapuches, les steppes, la neige, les rivi\u00e8res, l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;un sc\u00e9nario, se retrouver avec son pass\u00e9, s&rsquo;\u00e9chapper. La molicie d&rsquo;Esteban Rubinstein, Falsa Calma de Mar\u00eda Sonia Cristoff, H\u00e1gase usted mismo d&rsquo;Enzo Maqueira, les romans de Fabi\u00e1n Mart\u00ednez Siccardi, ou Quiero volver a mi casa de Camila Spoturno Ghermandi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je me demande si je suis une exploratrice\u00a0\u00bb<br \/>\nDans Agosto de Romina Paula, la protagoniste retourne dans sa Patagonie natale pour un rituel fun\u00e9raire suite \u00e0 la mort d&rsquo;une amie. La Patagonie fait partie du paysage de son enfance. Elle y retrouve la neige et les montagnes, mais aussi les objets et les v\u00eatements qui sont rest\u00e9s dans la chambre de la maison de son amie d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Romina Paula insiste sur les r\u00eaves, elle \u00e9crit : \u00ab\u00a0Je fais des r\u00eaves tr\u00e8s \u00e9tranges, parce que je vais trop loin, je franchis la barri\u00e8re du r\u00eave et j&rsquo;arrive plus loin et j&rsquo;entre dans un \u00e9tat tr\u00e8s \u00e9trange. Et c&rsquo;est ton lit, c&rsquo;est ta maison, ta chambre, tout cela est tr\u00e8s \u00e9trange, tr\u00e8s \u00e9trange\u00a0\u00bb. La protagoniste d&rsquo;Agosto ne ressemble-t-elle pas un peu \u00e0 la fille qui chante Je suis vivante, C&rsquo;est \u00e9trange d&rsquo;\u00eatre vivante? Serait-elle un peu comme Emily? Loizeau, dont le nom se prononce comme le mot oiseau en fran\u00e7ais, mais s&rsquo;\u00e9crit diff\u00e9remment. On comprend pourquoi Loizeau a \u00e9crit sur le fait d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la migration des oiseaux. Mais oui, continuer \u00e0 vivre apr\u00e8s la perte d&rsquo;un \u00eatre cher, c&rsquo;est un voyage au bout du monde. Il y a un deuil, comprenez une bataille entre deux mondes parall\u00e8les, celui des souvenirs et le pr\u00e9sent couvert de neige. Mais dans \u00ab\u00a0Agosto\u00a0\u00bb, il y a une protagoniste qui est d\u00e9j\u00e0 partie et qui revient visiter son lieu d&rsquo;origine avec le m\u00eame ton que l&rsquo;exploratrice d&rsquo;une nouvelle terre. Parce que tout change, parce que chaque pas laisse une empreinte pleine de fant\u00f4mes. Je ne suis all\u00e9e qu&rsquo;une fois en Patagonie, \u00e0 Esquel, pour moins d&rsquo;une semaine. Je me demande si je suis une exploratrice. Je n&rsquo;ai pas eu l&rsquo;impression de m&rsquo;approcher du bout du monde. Je me le suis demand\u00e9 apr\u00e8s, quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 douter de mon point de d\u00e9part.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La Patagonie n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 ma tasse de th\u00e9. Je dois m&rsquo;efforcer pour \u00e9crire \u00e0 son sujet. Chaque mot est un pas de plus dans un d\u00e9sert infini. 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