Diane Arbus au MALBA, le charme incommode de l’étrange

Date d’ouverture : 14 juillet 2017
Date de clôture : 9 octobre 2017

“Le divin dans les choses ordinaires”
Diane Arbus

Le Malba accueille à nouveau l’une des expos star de l’année : « Diane Arbus : les débuts » (« Diane Arbus: en el principio », en VO). La grande photographe américaine, célèbre pour ses portraits de personnages étranges, fascine Buenos Aires avec sa candeur intimiste et émeut par la sincérité de son objectif. C’est la première fois que Diane Arbus est exposée en Argentine. Le résultat du premier accord conclu entre The Metropolitan Museum et une institution latino-américaine.

Diane, dont le nom de famille est Nemorov, est née au sein d’un famille juive aisée. Petite fille introvertie, elle a grandi dans un univers isolé par la richesse et le protocole. Pendant son adolescence, elle a connu Allan Arbus, un employé de la boutique de son père, dont elle est tombée amoureuse et avec qui elle s’est mariée à dix-huit ans. C’est son mari qui lui a offert son premier appareil photo. Ensemble, ils ont lancé un studio de photo de mode et ont publié dans Vogue et Harper’s Bazar, entre autres. Cela dit, Diane a toujours considéré que ce genre de travaux photographiques n’avaient rien à voir avec son œuvre. Cette dernière a commencé à voir le jour quand elle s’est mise à parcourir New York seule en prenant des photos.

Elle a pris des cours avec des photographes reconnus mais c’est Lisette Model qui l’a le plus impressionnée. Model ne lui a pas seulement appris à utiliser son appareil photo mais à s’écouter comme artiste. La ville de New York a été le terrain de jeu sur lequel bien des photographes ont exercé leur regard. Diane Arbus n’y a pas coupé, mais elle a su se distinguer. Les autres avaient la conviction morale et la volonté de se tenir éloignés de la réalité qu’ils observaient car ils croyaient qu’il était possible d’observer sans contaminer. En revanche, Arbus a toujours cherché une rencontre personnelle avec son sujet. D’où le fait que, dans ses photos, les personnes regardent fixement l’objectif, c’est-à-dire Arbus. Ces gens-là comptaient pour elle. « Pour moi, le sujet de la photo est toujours plus important que la photo. Et plus complexe », a-t-elle écrit.

Son œuvre est impressionnante car elle capable de conjuguer le macabre et la douceur. Diane Arbus s’est aventurée dans les marges pour photographier des travestis, artistes de cirque, enfants inquiétants et personnes difformes. Elle a également photographié la haute bourgeoisie : une femme couverte de perles avec un manteau de fourrure qui murmure quelque chose à l’oreille de son voisin de table, une autre femme vêtue de noir qui nous fixe de loin avec une dureté (ou une tristesse) indéterminable, un couple qui ne prête aucune attention à ses enfants qui jouent. Elle a même photographié Jorge Luis Borges : sérieux, peu amical, tel un fantôme ou une apparition. Comment aurait-il pu en être autrement ? Son travail est véritablement anthropologique. L’œuvre d’Arbus, aujourd’hui comme hier, met mal à l’aise car elle réveille des questions existentielles : qu’est-ce qui est accepté ou interdit ? Comment regarde-t-on les autres ? Comment est-ce qu’ils nous voient ? Que signifie « mitrailler » avec un appareil photo ? Est-ce qu’une image peut révéler une âme ? Est-ce que l’image est un fragment du temps ou un symbole ?

Le commissaire d’exposition : Jeff L. Rosenheim est un expert en la matière. C’est le commissaire d’exposition en charge du Département de Photographie de The Metropolitan Museum (New York) et le gardien des Archives Diane Arbus ainsi que de celles de Walker Evans. Il a publié dix livres sur ce dernier et de nombreux essais sur différents photographes. Il a longtemps étudié l’œuvre d’Arbus et nous propose une exposition qui nous plonge dans la première période créative de la photographe, quand elle développait les axes principaux qui régiront toute son œuvre.

En conclusion, « Diane Arbus: en el principio » est une exposition que les amateurs de photographie ou même d’art en général ne doivent manquer sous aucun prétexte. Se trouver face à ces photos est une expérience qui vaut le détour. Leur observation profonde vous marque au fer rouge. Et ensuite, vous trouverez le Musée des Beaux-Arts et le Palais de Glace, deux institutions toutes proches qui ne manqueront pas de vous intéresser.

“Diane Arbus: en el principio” au Malba
Av. Figueroa Alcorta 3415 – Palermo
Tel : 4808-6500
Du jeudi au lundi, et jours fériés, de 12h à 20h. Le mercredi, jusqu’à 21h. 

Photo : Diane Arbus, tous droits réservés.